« Lanceuse d’alerte sur les dangers du réseau Facebook », voici le nouveau titre de Frances Haugen, Américaine de 37 ans, au cœur de l’actualité. Ingénieur en informatique, diplômée d’un MBA de l’université Harvard, passée par Google et Pinterest, la jeune femme a passé un peu plus de deux années au sein du géant Facebook avant de le quitter en mai dernier, prenant au passage avec elle des milliers de documents internes incriminants. Elle reproche, en effet, au réseau créé par Mark Zuckerberg de privilégier le profit à la sécurité et au bien-être de ses utilisateurs. Oui, business is business.

Après avoir alimenté le Wall Street Journal pour une série d’enquêtes (« The Facebook Files ») publiées entre le 13 septembre et le 3 octobre 2021, elle fut invitée, à visage découvert, du très regardé magazine télévisé 60 Minutes (chaîne CBS News) et auditionnée pendant trois heures trente, ce mardi 5 octobre 2021, par une commission du américain.

Lors de ses entretiens, deux principaux sujets ont été évoqués. Premièrement, et à raison, le rôle dévastateur d’Instagram* sur les jeunes filles. Des études internes de Facebook révèlent les effets très nocifs de ce réseau social, fondé sur l’image « retouchée » : chez 13,5 % des adolescentes, Instagram accentue les pensées à caractère suicidaire, chez 17 %, il accroît les problèmes d’alimentation. Il faut, à cela, ajouter la dépendance, renforcée par l’algorithme du réseau social qui favorise l’engagement et donc le temps passé. Or, aucune mesure dissuasive n’est pratiquée sur ce jeune public, perçu comme future source de revenus.

Deuxièmement, et plus polémique, le rôle de Facebook dans la lutte contre la désinformation. Frances Haugen avance que l’entreprise ment délibérément au public et à ses investisseurs lorsqu’elle dit lutter contre « les discours de haine, de et de fausses informations ». La jeune femme confesse son parti pris idéologique : elle a accepté de rejoindre le réseau social à la condition de pouvoir travailler contre les « fake news », ayant « perdu un ami proche, tombé dans le complotisme ». Au siège californien de Facebook, Frances Haugen rallie donc, en 2019, le département « Intégrité civique » qui travaillera, notamment, sur les élections présidentielles de novembre 2020. C’est donc bien à son équipe que l’on doit la suppression, sur la plate-forme Facebook, des informations révélées par le New York Post quant à l’affaire Hunter Biden et défavorables au candidat démocrate.

Or, une fois Joe Biden élu, Facebook rétropédale et dissout la cellule « Intégrité civique », pas assez rentable. Frances Haugen ressent cela comme une « trahison envers la démocratie ». Car l’algorithme Facebook originel amplifierait le « phénomène de désinformation » en recommandant à ses utilisateurs des contenus similaires très engageants. D’après elle, c’est bien ce retour en arrière qui a permis les événements violents du Capitole, le 6 janvier dernier.

Lors de son audition au Congrès, Frances Haugen a été saluée unanimement pour son courage, telle David contre Goliath. La sénatrice démocrate du Minnesota, Amy Klobuchar, l’a qualifiée de « catalyseur » pour faire réagir Mark Zuckerberg. Toutefois, sur le sujet des « fausses informations », force est de constater que nombreux sont les comptes Facebook qui continuent à être supprimés ou dont les contenus sont censurés pourvu qu’ils aillent à l’encontre de la doxa.

Dès lors, quelles perspectives ? Si le Congrès avance dans le sens de la jeune femme, notamment en raison du problème du jeune public d’Instagram, il pourrait exhorter Facebook à prendre légalement des mesures davantage restrictives. Vraisemblablement, la censure sera renforcée. Fort à parier que le réseau social, qui possède également WhatsApp et Messenger, ne soit désormais dédié qu’au politiquement correct ; les utilisateurs cherchant de nouveaux lieux d’échanges se retourneront vers les plates-formes plus libres (Telegram, Signal, Gettr…).

*Facebook a racheté Instagram en 2012

9 octobre 2021

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