On peut penser ce qu’on veut de Zemmour, le constat s’impose : c’est lui qui donne le la de la campagne présidentielle naissante, qui concentre sur lui l’actualité, en dicte les thèmes essentiels. C’est lui, aussi, qui est la cible de tirs nourris venant de toutes parts. Sa priorité est l’immigration, et particulièrement celle de peuples musulmans dont il pense qu’elle menace à terme par sa démographie, et le maintien de son différente, voire hostile, l’existence même de la nation française. Sa connaissance des chiffres actuels et des processus historiques balaie les critiques. Pourtant, personne ne songe à réduire sa pensée à une copie de celle du Rassemblement national.

D’abord parce que ses idées viennent de plus loin et de plus haut que celles de l’actuelle direction de ce parti. Chargées d’histoire et de réflexion, elles tracent leur chemin dans l’opinion avec une continuité rare en et ne cherchent pas à s’adoucir ou à se durcir en fonction des et de l’air du temps. Il n’est pas utile de fustiger le gouvernement algérien quand on a passé son temps à se prosterner devant lui, qu’on a encouragé son culte des « héros » jusqu’à déposer des fleurs au pied des monuments érigés à la gloire de tueurs de soldats français et qu’on a cultivé la repentance « coloniale » à l’égard d’un pays qui doit à la colonisation son existence, sa population et les richesses qu’il dilapide.

Zemmour est devenu la cible, le diable que la bien-pensance veut exorciser. Comme on peut difficilement l’attaquer sous l’angle du racisme, puisqu’il s’en tient au choc des civilisations et non des races et se réfère à Huntington et à Lévi-Strauss, en dépit de l’abrutissement idéologique qui a importé des États-Unis le « racialisme » et son obsession des couleurs, on insiste davantage sur les « genres » qu’il continue à appeler des sexes. Zemmour défend le conservatisme du bon sens, ce terrain sur lequel il rencontre Orbán, mais aussi, en France, Marion Maréchal, la « droite hors les murs », celle qui résiste à notre décadence sociétale, pétrie de contradictions suicidaires.

Comment une nation peut-elle survivre en favorisant l’avortement ou les « couples » infertiles, et cela, parfois, au nom de ceux qui se proclament défenseurs de la nature ? Le respect de la nature implique la reconnaissance des spécificités sexuelles, du Yin et du Yang, comme disent les Chinois. Cela ne veut pas dire l’inégalité mais le refus de l’indifférenciation, de l’interchangeabilité des individus, de ce monde de particules humaines en mouvement, dominé et géré par une oligarchie aspirant au transhumanisme. Son débat avec Onfray a mis en lumière la complémentarité de ces deux beaux esprits et laissé loin derrière, ou plutôt tout en bas, la poussière des politiciens avec leurs recettes à court terme, en vue de conserver leur part de fromage.

Il leur reste l’économie, non pas la vraie, celle des entreprises et des travailleurs, mais la tuyauterie de la pompe à finances et de la redistribution. Comment prendre au sérieux de prétendus spécialistes dont les résultats sont calamiteux, les projets entièrement fondés sur la surchauffe d’une planche à billets dont on sait que la panne approche ? Les réponses de Zemmour sur ces questions ne peuvent que rassurer les gens raisonnables : est-il possible de voir naître enfin cette union des droites (et pas seulement), des fillonistes aux identitaires, avec cette « droite hors les murs », ces Français patriotes, libéraux-conservateurs, souverainistes, que voulait fédérer Robert Ménard à condition qu’ils cessent leurs incantations, leurs querelles de chapelles et leur irréalisme.

On préfère toujours l’original à la copie, et l’original, celui qui vient de loin et a tracé son sillon bien droit, c’est Zemmour, ce qui fait de lui un original à l’autre sens du terme, bien séduisant pour ces Français qui n’en peuvent plus de la médiocrité de leurs politiciens.

9 octobre 2021

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