Editoriaux - Politique - 28 mai 2019

France insoumise : le long chemin de croix…

Passant de 19,58 %, aux élections présidentielles de 2017, à 6,31 % au dernier scrutin européen, La France insoumise est sur la sellette. Manon Aubry a perdu le pari de fidéliser son électorat. En effet, selon l’institut ELABE, un grand nombre d’« Insoumis » est parti vers d’autres horizons pour cette dernière élection : 14 % pour Europe Écologie Les Verts (EELV), 9 % pour le Rassemblement national (RN) et 8 % pour le Parti socialiste (PS). La fragmentation importante de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est incontestable.

Sur le plateau de RTL, ce mardi, la députée Clémentine Autain explique « qu’il faut tirer des enseignements de nos échecs comme de nos victoires passées » après avoir évoqué « une douche froide ». Mais à qui la faute ? Celle-ci proviendrait de la ligne politique du parti qui ne serait pas assez à gauche.

Les sympathisants LFI refusent le clivage nationaliste/progressiste proposé par le duo Le Pen/Macron. Face à la montée du RN, Clémentine Autain rappelle que « le pire est possible » et n’omet pas la référence à l’élection de Trump et de Bolsonaro. Selon la députée, La France insoumise doit opter pour une ligne rassemblant les idées de la gauche, une ligne d’espérance, d’écoute, de dialogue et d’apaisement.

Le parti, depuis quelque temps déjà, connaît des dissensions internes entre une mouvance souverainiste et une mouvance progressiste. La première a été portée par Djordje Kuzmanovic, qui a quitté le parti en novembre 2018 pour créer son mouvement La République souveraine. Andréa Kotarac défend, lui aussi, cette conception de la gauche. Cet ancien conseiller régional LFI a appelé à voter RN quelques jours avant le scrutin européen pour faire barrage à LREM et, de ce fait, a quitté le parti et rendu son mandat. La mouvance progressiste (qui milite particulièrement pour le féminisme, l’antiracisme et l’écologie) est portée par Clémentine Autain, Danièle Obono (proche de la mouvance indigéniste) et Bastien Lachaud. Le conflit « doctrinal » interne au parti est une mise en abyme de la conjecture politique française. À droite comme à gauche, la frontière entre progressisme et souverainiste perdure.

Cette scission ne doit pas endosser seule la défaite du parti. En effet, entre en jeu le programme écologique de LFI. Bien que celui-ci se soucie de cette question, EELV a su capter une partie de l’électorat mélenchoniste très sensible à la question écologique. Face à la poussée d’EELV, Clémentine Autain rappelle que le dérèglement climatique ne pourra être combattu qu’après une « contestation de l’austérité et de la politique néolibérale » et donc que la politique sociale-libérale menée par Yannick Jadot est incompatible avec le combat écologique.

Quoi qu’il en soit, LFI n’a pas su rassembler comme elle le souhaitait. Le parti de Mélenchon ne pourra ressusciter de ses cendres qu’après avoir compris les enjeux contemporains et les attentes de son électorat. Mais, comme disait Jaurès : « N’ayant pas la force d’agir, ils dissertent. »

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