Armées - Editoriaux - 16 juillet 2019

Fête nationale du pathos, une tentative ratée de cohésion sociale

Avec ce défilé militaire du 14 Juillet, les metteurs en scène de la société française du spectacle permanent ont cru trouver un vecteur puissant de cohésion nationale. Est-il réel, efficace et durable ? On peut en douter, tant étaient grosses les ficelles de communication utilisées.

Le spectateur a été subjugué par la chorégraphie impeccable, la diversité des acteurs et des plans, le nombre de figurants, la qualité des apparats, le déballage technologique. Au total, il aura apprécié l’image rassurante d’ordre, d’esprit de corps et de maîtrise apparente (du temps, de l’espace) qui s’en dégageait – du moins, dans le champ limité des caméras et à portée des micros directionnels.

Si le militaire en activité ou démobilisé a pu apprécier la reconnaissance officielle et la mise en valeur flatteuse de son noble et utile métier, il a pu aussi constater, peut-être regretter, son évidente instrumentalisation à des fins de politique intérieure.

Passons les commentaires admiratifs d’experts et de journalistes en guise de slogans commerciaux visant à louer en direct les qualités des matériels français, parfois jusqu’à l’absurde, comme celui selon lequel les chars Leclerc auraient « mené la bataille d’Abidjan » en avril 2011. Quand bien même ils en auraient les moyens, les dirigeants africains seraient mal inspirés de s’endetter un peu plus en chars lourds hyper sophistiqués pour régler leurs guerres civiles ou contenir l’avancée du terrorisme.

Plus grave et pénible, la récupération politique de l’événement par le Président Macron, déjà en précampagne de réélection et en quête de diversion médiatique de dossiers intérieurs fâcheux, confirme que tout, dans notre société, n’est décidément plus qu’affaire de communication, jusqu’à la manipulation.

Car tout sonnait faux dans la prestation du jeune technocrate communicant mal reconverti en meneur d’hommes. Le placement caricatural des femmes dans la tribune officielle et celui, omniprésent, d’un ministre sur la sellette pour mauvaise conduite, au regard arrogant et provocateur. Le discours peu inspiré, mal récité. Le langage corporel gauche dans un rôle de composition. L’émotion forcée dans le ton et les regards exagérément soutenus, à la limite de la décence. L’invocation d’une « Europe fantôme » (1) à laquelle personne ne croit.

Le citoyen spectateur aura été distrait et captivé quelques heures par cet exercice de pathos exacerbé autour des familles de victimes et de blessés, pour tenter vainement de faire adhérer une large part de la communauté nationale, par adhérence émotionnelle plus que par adhésion patriotique, encore moins spirituelle. Il est décidément difficile de « faire passer les citoyens d’un tas à un tout » (2), comme tentent de le faire les religions laïques, horizontales, de substitution.

(1) En référence à l’éclairant essai de Régis Debray, L’Europe fantôme, Éd. Gallimard, 2019.
(2) En référence à l’essai lumineux de Jean-François Colosimo, Aveuglements, Éd. du Cerf, 2018.

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