Avec la crise sanitaire du Covid-19, le grand confinement a fragilisé nombre d’entreprises. Jusqu’alors, les mesures gouvernementales (report des loyers et des charges, financement à 100 % du chômage partiel) ont gelé les problèmes et anesthésié l’économie française, mais celle-ci sort peu à peu de son coma. Les plans sociaux se précisent : Renault envisage de licencier 4.600 personnes et de restructurer, voire de fermer, certains sites, ce qui aura un effet boule de neige chez les sous-traitants.

Selon Muriel Pénicaud, le taux de chômage va bientôt dépasser 10 %. Devant ce désastre à venir, des voix préconisent une baisse des salaires en échange du maintien de l’emploi, expliquent Les Échos. Les entreprises garderaient ainsi leurs salariés et leurs compétences, ce qui leur permettrait de redémarrer rapidement si la croissance revenait à la fin de l’année. Rien ne serait pire que de se séparer de collaborateurs et d’en recruter dans six mois de nouveaux qu’il faudrait former parce que l’économie serait repartie. et son gouvernement seraient sur cette ligne. À l’Élysée on parle de créer un contrat social renouvelé, un nom ronflant et rassurant qui cache une potion amère

Depuis 2017, les entreprises peuvent bien plus facilement qu’autrefois proposer à leurs salariés des accords (dits accords de performances collectives) qui revoient la rémunération, la mobilité et le temps de travail. Seules garanties octroyées aux employés : on ne peut pas toucher aux cinq semaines de congés payés. Bien sûr, le patron n’a pas le droit d’imposer unilatéralement des sacrifices. Son personnel doit l’approuver éventuellement par un référendum d’entreprise, en cas de désaccord syndical. On diminuera les salaires, on reviendra sur les 35 heures, on limitera les jours de RTT en échange d’un maintien de l’emploi. D’un côté, l’entreprise verra ses charges fixes diminuer, de l’autre ses salariés garderont un pied à l’étrier, ce qui est appréciable. Il est, en effet, difficile de revenir dans le monde de l’emploi une fois qu’on en a été exclu.

On pourrait imaginer d’aller plus loin, de détacher provisoirement du personnel d’une entreprise dans une autre en surchauffe temporaire d’activité, de faire rémunérer par Pôle emploi des périodes de formation. Cependant, rien ne dit que tous ces deals seront efficaces : dans le passé, nombre d’accords de ce type n’ont pas empêché la fermeture de sites. Cela a été le cas à Continental, Bosch, Smart. En outre, baisser les salaires provoque de la déflation, ce qui est nuisible à la croissance. On l’a vu, notamment, en 1935, en France, où la politique du cabinet Laval de diminution autoritaire des salaires de 10 % a prolongé inutilement la stagnation économique de notre pays

Ryanair vient de faire fort dans ce domaine : il propose une baisse de 10 % à 20 % des rémunérations pendant cinq ans, selon Franceinfo. Ceux qui refuseraient seraient licenciés. Le gouvernement français s’y oppose, car Ryanair va trop loin, mais seuls ceux qui ont des contrats français seront protégés ; enfin, en principe. La compagnie aérienne ne semble pas en difficulté financière. Elle profite juste de la situation pour augmenter ses marges. C’est un fait établi : les acquis sociaux régressent pendant les crises. Baisser les salaires est une tentation permanente du patronat. Mais sur le long terme, cela se retourne contre lui.

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