Ici, dès 2018, Marc Rousset a fait un inventaire précis des tensions liées aux divers endettements excessifs ; chacun se demandait alors d’où pouvait venir la mise à feu. Pour tout économiste sérieux, s’il est certain qu’une crise peut survenir, il est impossible de dire à l’avance où, quand et comment. Brusquement, le processus s’est lancé à partir du « coronavirus » et des réactions sanitaires de la plupart des gouvernements du monde.

Les confinements, l’arrêt de certaines activités industrielles et commerciales jugées « non essentielles» et des liaisons internationales …représentent un choc négatif d’offre et de demande, d’une grande ampleur qui fait baisser le PIB d’un coup. La conjoncture est inédite puisque c’est le premier exemple historique d’une crise économique décidée par les pouvoirs publics ! L’offre s’est restreinte par les mesures de confinement de certains facteurs de production ou d’interdiction pure et simple (voyages, spectacles…) ; la demande s’est restreinte par l’immobilité forcée des consommateurs et des investisseurs.
Le plus étrange, du moins pour ceux qui n’ont pas lu Hayek, c’est que beaucoup de secteurs se trouvent en excès d’offre et certains autres en excès de demande. Les politiques économiques anti-crises en seront plus délicates. Les comportements économiques traditionnels, initialement au second plan, vont prendre le relais de ces chocs. À la levée du confinement, les profitabilités, elles-mêmes entamées, plongeront les économies du monde dans une vraie dépression. Soyons sûrs que le marqueur de cette aggravation sera comme toujours l’effondrement des investissements.

Il s’agit également de chocs sur les anticipations. Au début de cette crise, de nombreuses catégories d’anticipations sont sur la sellette. Le pessimisme qui les frappe fait écho aux débordements d’optimisme notés les années précédentes. Quand les banques spéculaient, elles profitaient des politiques d’aisance des banques centrales fournissant des liquidités sans limite de temps. La politique monétaire extraordinairement laxiste de ces périodes laisse donc une vraie bombe à retardement.
Les anticipations des valeurs d’actifs (actions, obligations publiques…) sont directement renversées, les marchés financiers plongent et le pessimisme contamine illico le risque financier perçu. Des faillites de banques ne pourront être évitées en dépit des mesures défensives de politique monétaire. De même, les anticipations de revenus et de profits futurs sont impactées, entraînant déjà leurs conséquences sur l’investissement et la consommation. Le plus inquiétant est à venir, lorsque la prise de conscience se fera pour les prix, compte tenu de la disproportion entre les énormes moyens monétaires disponibles et la production réduite de biens et services : Les anticipations d’inflation pourraient entrer dans la danse en refermant le piège. Ainsi, les interactions d’anticipations dépressives sont pratiquement toutes activées dès ce mois d’avril 2020. Ceci pourrait déboucher sur une crise financière mondiale, le feu se propageant dans les grands tas de paille des dettes accumulés depuis la crise de 2008-2011.

Désormais, les aspects réels et financiers sont enclenchés et la fragilité financière a peu de chances d’être compensée par les mesures de politique monétaire cherchant à empêcher directement la faillite de certains États (Grèce,  …) ou indirectement, par un canal budgétaire transparent, celle de grandes entreprises ou de banques. De fait, la politique monétaire a opportunément tenté d’enrayer la panique en engageant des mesures de rachat de dette publique. Ceci vise en premier lieu à permettre aux États endettés de parer au plus pressé (chômage partiel, sauvetages …) mais en aggravant leur dette et/ou la masse dangereuse des liquidités.
Il est trop tôt pour apprécier le déroulement et les conséquences de cette crise économique et financière qui débute. Tous les ingrédients d’une forte dépression sont d’ores et déjà réunis mais avec paradoxalement des perspectives de demande excédentaire à moyen terme. En Europe, le danger d’une crise secondaire des dettes publiques, comme en 2011 est déjà présent et si elle se produit, amènera sans doute un éclatement de la Zone Euro.

 

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