Il y a un an, j’évoquais ici le paradoxe énorme concernant le choix de plusieurs pays européens, c’est-à-dire de la prétendue « Communauté », d’un avion américain pour le renouvellement de leur flotte aérienne de combat. La plupart, d’ailleurs, ne faisaient que remplacer un chasseur largement déployé en Europe et dans le monde, le F-16 de General Dynamics, made in .

La Belgique, pays « voisin et ami » si joliment francophone dans le monde artistique, opte à nouveau, ces jours-ci, pour le même avion yankee. Le F-35 qui équipe au moins six pays de l’OTAN est donc choisi par le gouvernement belge, de préférence à l’Eurofighter Typhoon ou au Rafale français.

La claque à l’industrie de défense européenne est tonitruante autant que brutale, une fois – non, deux !

Le consortium regroupant le , l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, maître-d’œuvre du premier, et Dassault, qui produit le second, sont proprement défaits à la mode wallonne. Notons, cependant, que la Grande-Bretagne confirme sa réputation de « perfide » car, en l’occurrence, elle aussi a donné préférence à l’avion américain pour la Royal Navy, contre l’intérêt de ses propres partenaires…

Apparemment, ce n’est pas le prix qui a présidé au choix de cet appareil par plusieurs pays, car de très nombreux débats et publications évoquent la note totale très élevée de sa mise en service et disponibilité opérationnelle. Naguère, les critiques allaient bon train pour fustiger le coût du Rafale ; argument désormais caduc.

Ce n’est pas davantage l’interopérabilité avec d’autres forces, laquelle présente des failles selon certains spécialistes. La raison profonde est donc autre. Je confirme donc mon analyse précédente : le parapluie de l’OTAN, dont le manche est toujours tenu par l’Amérique, nonobstant les bougonnements épisodiques de Trump, est confortable à la plupart des pays de l’Union et fait de l’ombre aux intentions de Macron pour une Europe de la Défense. Le prix à payer par les fans de l’Alliance est d’aller faire leur marché de l’autre côté de l’Atlantique. Mais j’ajouterai, cependant, aujourd’hui : quel qu’en soit le montant !

Un député fédéral belge, au patronyme Dallemagne, étonnant et de circonstance, s’insurge contre la décision de Bruxelles et parle d’“une catastrophe pour la souveraineté stratégique de l’Union européenne et pour l’industrie de la Défense européenne et wallonne”.

Car, autre petite lumière dans le ciel très étoilé de l’Europe, l’Allemagne a changé son fusil – ou plutôt son avion – d’épaule depuis un an. Intéressée naguère par le même F-35, elle s’unit à la France pour le développement d’un chasseur du futur, dont Dassault serait – enfin ! – le maître d’œuvre.

En effet, le 19 juin dernier, Florence Parly, ministre des Armées, et son homologue allemande, Ursula von der Leyen, ont signé une lettre d’intention concernant le programme SCAF – système de combat aérien futur, en français. Il vise une mise en service dans les armées respectives en 2040. Cette détermination franco-allemande est positive et encourageante.

Cependant, l’objectif en est bien lointain pour ne pas craindre une étape intermédiaire de substitution, comblée par des avions « sur étagère » ? D’autant que les hommes – et femmes – en responsabilité, ici et là, ont des existences beaucoup plus éphémères ou incertaines…

24 octobre 2018

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