Economie - Editoriaux - Entretiens - 19 juin 2019

Eudes Baufreton : « Avec Emmanuel Macron, finalement, c’est du socialisme… »

Le gouvernement a présenté son projet de réforme de l’assurance chômage. Réaction et analyse d’Eudes Baufreton, directeur général de Contribuables associés.



Emmanuel Macron et Muriel Pénicaud ont présenté à la presse leur projet de loi visant à réformer profondément l’assurance chômage.
Le projet de loi d’Emmanuel Macron et de Muriel Pénicaud est-il un projet socialiste ?
Emmanuel Macron est-il socialiste ou libéral ?

De mon point de vue, Emmanuel Macron est plutôt socialiste. S’il avait voulu régler le problème de l’assurance chômage, il aurait donné la possibilité aux salariés de cotiser une assurance chômage de manière indépendante. Avec ce programme, Emmanuel Macron nous oblige à cotiser. C’est une totale injustice. C’est du socialisme. On prend un maximum dans la poche des gens pour leur en donner un minimum.

Est-ce cotiser autant pour être moins indemnisé à la fin ?

C’est exactement cela. Je vois poindre deux notions dangereuses avec sa proposition.
Lorsqu’il s’agit d’impôt, c’est progressif. En revanche, lorsqu’il s’agit des droits et des libertés, c’est dégressif. C’est l’exemple même de ce qu’il est en train de pratiquer.
Toujours plus de cotisations pour les salariés et toujours moins de prestations. Il aurait mieux valu s’attaquer au problème de fond. Réduire les charges patronales et sociales sur l’emploi. Cela permettrait aux entreprises de recruter plus.
Les gens préféreraient travailler plutôt que de batailler sur le niveau de prestation ou d’allocation.
Je connais peu de gens qui préfèrent avoir des allocations. En revanche, j’en connais beaucoup qui sont en situation d’inactivité et qui préféreraient avoir un travail.
Si Emmanuel Macron avait vraiment voulu être ambitieux, sa première lutte aurait été consacrée à l’emploi et contre le chômage.
Le deuxième combat qu’il aurait dû mener est celui de la fraude aux prestations sociales. On va toujours chercher ceux qui cotisent. Il n’y a pas vraiment de volonté pour lutter contre la fraude.
Contribuables associés avait dénoncé la fraude aux retraites.
Le troisième poste est celui de libéraliser l’emploi. Cela permettrait de supprimer les cotisations obligatoires. Si les salariés veulent cotiser, ils peuvent cotiser avec des montants bien supérieurs s’ils le souhaitent. Ils peuvent choisir une assurance maximale en cas de chômage. S’ils ne le souhaitent pas, ils peuvent cotiser moins.
Cela pourrait d’ailleurs s’appliquer à la santé ou à la retraite.
Aujourd’hui, le système des retraites ressemble au système de Ponzi. Nous cotisons pour payer les retraites de nos parents et nos grands-parents. En revanche, lorsque nous serons nous-mêmes en situation de les percevoir, les caisses seront vides. Il faudra finalement que les gens qui travaillent soient plus nombreux que ceux qui en sortent pour que le système ne s’effondre pas.
Il faudrait là aussi libéraliser les cotisations retraite et redonner la liberté aux entreprises et aux salariés de faire leur propre choix.
Quel risque ou quel niveau de vie je souhaite avoir ?
Quel montant je souhaite investir pour le percevoir ?
Cela permettrait de voir éclore de nouvelles entreprises qui seraient en situation de concurrence. Pour bénéficier des cotisations, ces entreprises chercheraient à servir de meilleures prestations.
C’est toujours l’État qui parle de la manière dont fonctionne le privé. En revanche, je n’ai absolument pas entendu parler de la manière dont l’État allait se serrer la ceinture.


La privatisation de ces systèmes de couvertures de santé et de retraite serait la fin du système français…

Ce n’est pas nécessairement la fin, mais c’est le choix.
Emmanuel Macron rogne sur les libertés. La progressivité, c’est limiter notre possibilité de disposer de nos propres biens et des fruits de notre travail.
Quand les cotisations sociales sont obligatoires, on est en droit d’attendre des prestations. On nous impose d’avoir moins de prestations à montant égal. C’est la liberté de la sécurité. C’est une atteinte à nos libertés individuelles.
À partir de ce moment-là, on ne peut pas demander aux gens d’être généreux. La vraie générosité est de disposer de ses propres moyens et de faire le choix d’aider les autres. C’est aussi faire le choix d’une complémentaire santé ou d’une assurance chômage privée que l’on choisirait parce qu’on estimerait que celle-ci est plus favorable dans les situations délicates. C’est aux citoyens et aux travailleurs de décider de la manière dont leur cotisation doit être utilisée.
Aujourd’hui, l’État s’immisce entre l’employeur et l’employé au détriment de l’entreprise et du salarié.
L’agent intermédiaire se sert un peu trop sur la part du gâteau, alors on demande aux joueurs sur le terrain de courir un peu plus.
Je pense que c’est relativement injuste. J’ai l’impression que cette injustice se creuse de plus en plus au nom de la soi-disant justice sociale ou fiscale. On est en train de créer de plus en plus d’injustice fiscale et sociale.

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