Le site Epoch Times vient de judicieusement évoquer le film Bienvenue Mister Chance à propos de la résurrection miraculeuse de Joe Biden aux primaires démocrates. Dans l’histoire, Monsieur Chance, un jardinier simplet qui s’exprime par des truismes que l’on prend par erreur pour des aphorismes de génie, croise fortuitement le chemin d’un président américain qui le propulsera pour en faire un successeur. Le titre en anglais, Being There (« Être là »), explique la comparaison : Biden, dont les mauvaises langues disaient qu’il n’avait plus toutes ses capacités, « a été là » quand il fallait. Par défaut.

Biden s’était inséré dans la campagne contre l’avis d’Obama, lequel avait cité, après l’échec cuisant de Hillary Clinton, les noms de Buttigieg et de Kamala Harris comme les espoirs d’un parti renouvelé, qui poursuivraient ainsi sa révolution intersectionnelle mondiale. L’entrée de Biden, avec initialement des taux d’approbation énormes dans les sondages, avait ainsi dilué la capacité de pénétration des jeunes « espoirs ». Mais le vrai Biden s’est révélé un candidat pitoyable, certes sympathique, chutant dans les sondages. Un candidat qui donnait l’impression qu’il avait concédé sa campagne à sa remarquable épouse, excellente oratrice, protectrice, et animatrice.

Cependant que Sanders, ayant introduit dans sa campagne une série de jeunes néo-révolutionnaires (la bande des quatre pasionarias, dirigée par Alexandra Ocasio-Cortez) se propulsait dans les sondages. L’establishment devait donc trouver une solution de rechange. Ce fut Bloomberg, qui devait chauffer la place, le temps que survienne, en juillet, la convention du parti démocrate, certains espérant la sortie d’un lapin du chapeau (on parlait de Hillary Clinton, de Michelle Obama). Mais Bloomberg s’est révélé être un candidat aussi catastrophique qu’arrogant.

Il ne restait plus que Biden. La machine s’est ébranlée. Soutenu par le parlementaire afro-américain Jim Clyburn à la veille de l’élection de la Caroline du Sud, Biden l’a emporté d’abord dans cet État, ce qui a enclenché les retraits de la course (négociés ?) des candidats Buttigieg, Steyer et Klobuchar. Biden a ensuite gagné le premier, puis le second Super Tuesday, enrichi du soutien supplémentaire de Bloomberg puis de Kamala Harris, sans oublier l’appui des grands médias qui, après avoir relevé ses insuffisances, voyaient en lui l’avenir du pays.

Il est vrai que Sanders, embourgeoisé, a démontré, comme en 2016, qu’il ne sait pas gagner, incapable de porter des coups et, surtout, de « concrétiser » ses concepts en besoins précis afin de toucher le cœur et le ventre des électeurs de sa compétition. Pire encore, sa force a été sa faiblesse : ses jeunes électeurs, nés dans le monde de l’instantané et du virtuel, ont eu tendance à ne pas voter, voire à rebrousser chemin lorsque confrontés à de longues files d’attente au bureau de vote. Sanders a perdu. Un vrai révolutionnaire se déclarerait maintenant candidat indépendant : fort de son actuelle pompe à finance, il sèmerait le chaos pour « changer le système ». Le fera-t-il ?

L’élection va probablement se réduire à un choix entre le désigné de l’establishment, Biden, qui sera manipulé via sa future vice-présidente par le clan Obama, et Trump, face à la crise du Covid-19, qui lance maintenant un plan de stimulation économique afin de préserver ses chances en novembre. À condition de pouvoir organiser ses rallyes.

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