« Le rêve américain est déchiré en lambeaux »? lance Donald Trump devant un parterre de journalistes. Mardi, l’ancien président américain est revenu à Washington pour la première fois depuis qu’il a quitté ses fonctions. Invité par l’America First Policy Institute (AFPI), un forum conservateur largement acquis au Parti républicain, l'ancien président des États-Unis a prononcé un discours aux accents sécuritaires et anticriminalité forts mais moins subversif que ses diatribes de 2016. Avouant à demi-mot sa volonté de briguer un nouveau mandat présidentiel en 2024, Donald Trump sait que la donne a changé et que la conquête du pouvoir, qui passera d’abord à nouveau par celle du Parti républicain, est loin d'être gagnée.

Donald Trump en croisade contre l’

Lors d'un discours fleuve d’une heure et demie, Trump a particulièrement mis l’accent sur ce qu’il considère comme une hausse exponentielle de la criminalité sur tout le territoire américain. Accusant Joe Biden et les États démocrates d’en être la cause principale, l’ancien président est revenu aux éléments de langage qui caractérisaient la fin de son mandat : « Law & Order », la loi et l’ordre. Une position qui avait achevé de séduire sa base électorale en 2019 alors que les États-Unis étaient secoués par les émeutes du mouvement Black Lives Matter. Pour garantir l’ordre, Trump a promis que « s’il faut être dur et méchant pour y arriver, nous le serons ! » Il a énuméré plusieurs mesures qu’il mettrait en place dans l’hypothèse d’une réélection : peine de mort pour certains trafiquants de drogue, créations de villes de tentes pour évacuer les campements de sans-abri ou encore envoi de la Garde nationale dans les États les plus critiques.

Mais Trump vise-t-il juste en axant son premier discours sur la criminalité ? Les chiffres confirment ses propos avec des indices de sécurité actuels inférieurs à ceux de 2019, lorsqu’il était en poste à la Maison-Blanche. Mais les Américains se préoccupent moins de ces statistiques sécuritaires, assure Jean-Éric Branaa, maître-conférencier à Assas et spécialiste des États-Unis, interrogé par Boulevard Voltaire. « En axant sur la sécurité, Trump est sur le mauvais thème, explique-t-il. Le Pew Research Center a publié une étude, il y a trois jours, qui montre que sur les cinq thèmes préoccupant le plus les électeurs républicains, l’ ne vient qu’en cinquième position, les premières places étant réservées à l’ et à l’immigration. »

L' ne joue pas nécessairement non plus en sa faveur. Avec une inflation à 7 %, les États-Unis semblent s’enliser dans une profonde qui s'attaque au portefeuille des Américains. L’électorat républicain y est traditionnellement très sensible. Sur l'économie, Donald Trump pourrait manquer de crédibilité. Les experts rappellent que son grand plan de relance de 2017-2018 a augmenté significativement les dépenses publiques. « Si Trump a parlé d’inflation, il n’a proposé aucune solution, rappelle Jean-Éric Branaa. Cette situation est compliquée pour lui car il est accusé d’être "Monsieur déficit", tant ce dernier avait explosé sous son mandat. Or, s’il y a une chose que les républicains n’aiment pas, c’est le déficit. »

Présidentielles 2024 : Trump sera-t-il doublé par ses concurrents ?

La course à la Maison-Blanche s'annonce donc serrée pour le magnat de l’immobilier. Donald Trump n’est plus, comme ce fut le cas en 2016, en pole position pour briguer le mandat du Parti républicain aux primaires de 2024. Mike Pence, son ancien vice-président, jouit d’un ancrage profond au cœur du parti. Il est connu dans tout le pays et jouit de meilleures relations avec les journalistes. Ron DeSantis et Greg Abbott, respectivement gouverneurs de Floride et du Texas, connaissent eux aussi une certaine popularité auprès des Américains conservateurs. Il en va de même pour Ted Cruz, sénateur texan aux positions politiquement plus correctes que Donald Trump. Une vingtaine de candidats s’affronteront au sein du Parti républicain pour obtenir l'investiture du parti. Dans cette lutte acharnée, Trump n'est pas certain d'être en position de force. « Trump regarde vers le passé, là où ses concurrents - Pence, DeSantis et Cruz notamment - ont une réelle vision d’avenir, poursuit Jean-Éric Branaa. De plus, Donald Trump ne peut plus jouer la carte de l’homme antisystème ; en sa qualité d’ancien président, il est le système ! »

Mike Pence peut-il doubler Trump dans la course à la Maison-Blanche ? C’est la question que se posent la plupart des observateurs. Ancien gouverneur de l’Indiana, vice-président sous le mandat Trump, Mike Pence avait, dans un élan de sagesse pour certains, un acte de trahison pour d’autres, concédé la défaite de Trump en 2020. C'est lui qui avait prononcé les résultats officiels du scrutin et admis la victoire de Joe Biden. Pour Jean-Éric Branaa, « Mike Pence a une vraie chance. Il est aguerri en politique, il dispose du soutien de beaucoup de monde, dont les évangéliques. Tout le monde le connaît aux États-Unis, ce qui n’est pas le cas des autres probables candidats… »

Les résultats des midterms (élections de mi-mandat) de novembre 2022 donneront les premières indications des chances de Trump dans la course à l'investiture pour 2024…

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29 juillet 2022

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