Le discours d’Emmanuel Macron à Roubaix, en clôture du « Beauvau de la sécurité », a clairement fixé le cap de ce que sera sa politique en matière de sécurité si, à Dieu ne plaise, il devait être réélu en 2022. Pourtant, à l’issue d’une intervention de plus d’une heure devant un parterre très discipliné et attentif, où se sont mêlées réprimandes habilement distillées et félicitations de circonstances, c’est bien l’absence de cap qui a été retenue par les acteurs et les spécialistes de ces questions.

En réalité, ce manque de vision n’a rien de surprenant. Nous savons tous, aujourd’hui, que la sécurité n’intéresse pas Macron, sauf lorsque des manifestants menacent l’Élysée. Le président de la République s’est donc contenté du minimum afin de satisfaire, pour l’essentiel, à des revendications corporatistes et pour donner le change face à des forces de l’ordre qui ne croient plus en lui depuis longtemps.

La sécurité sera pourtant au cœur de la prochaine campagne présidentielle. Et si nous savons, désormais, quelle sera la ligne du Président-candidat en matière de sécurité, il est important que ses adversaires, en particulier du camp national, comprennent bien ce qu’attendent les Français.

Avoir une réelle vision de ce que doit être une politique de sécurité pour le pays pour les prochaines décennies, c’est être capable, tout en anticipant les défis à venir, de forger un outil sécuritaire solide, fiable et performant. Tout en répondant aux aspirations de nos concitoyens, c’est également savoir jouer habilement et efficacement des leviers que sont la prévention et la répression. Enfin, c’est être en mesure, dans le cadre d’une stratégie globale localement modulable, d’associer les acteurs locaux à la lutte contre la délinquance, notamment par le biais d’actions ciblées, cohérentes et articulées entre elles. Cela suppose évidemment, d’une part, l’élaboration d’un schéma national de lutte contre le crime et, d’autre part, l’instauration d’un dialogue permanent et constructif entre les différentes parties concernées. Il y a donc là tout un travail programmatique, actuellement en grande partie inexistant, à prévoir.

Pour autant, aucune politique de sécurité robuste ne pourra être élaborée et mise en œuvre sans que la Justice n’y soit associée et en mesure de tenir la place que l’on attend d’elle. S’il est désormais une priorité, c’est bien de savoir quelle Justice nous voulons. Veut-on poursuivre avec une Justice paupérisée et laxiste en laquelle les deux tiers des Français n’ont plus confiance ? Ou bien veut-on enfin exiger des juges, tout en leur donnant les moyens, qu’ils appliquent enfin la loi ? Sans une réponse claire et précise à ces questions, rien ne sera possible. Là encore, un énorme travail d’anticipation est à prévoir afin de pouvoir, dès les premiers mois du quinquennat, mettre en œuvre ces chantiers indispensables.

Dès lors qu’il sera répondu à ces questions, c’est bien d’une réforme en profondeur qu’a besoin la police nationale. La nouvelle organisation territoriale annoncée par Macron n’est, en réalité, que la reprise d’une vieille idée initiée dans les années 1980, laquelle avait, pour diverses raisons – corporatistes notamment – lamentablement échoué. Afin de redynamiser l’institution et de la préparer au mieux aux enjeux sécuritaires qui se dessinent, trois pistes doivent être suivies. D’une part, une vraie territorialisation des services où la région devra prendre une place centrale. D’autre part, une nouvelle organisation des services par filières-métiers seule à même d’aboutir à une réelle professionnalisation des policiers. Enfin, une réforme profonde de la chaîne hiérarchique avec, notamment, la création d’un vrai corps de « gradés ».

Il faut être conscient que ces transformations absolument indispensables seront difficiles à faire admettre à une administration et une institution profondément conservatrices et corporatistes. C’est pourtant le prix à payer pour forger la police de demain, celle qui sera véritablement au service des Français.

 

 

 

 

 

17 septembre 2021

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