Depuis la signature d’un protocole entre la France et la Turquie, en 2014, les djihadistes interpellés sur le territoire turc sont expulsés vers Paris. Si les adultes sont immédiatement présentés à un juge d’instruction antiterroriste, que deviennent les enfants ?

L’hebdomadaire Le Point a consacré une étude au sort réservé à ces petits « revenants », notamment aux neuf enfants, âgés de 3 à 13 ans, arrivés en France, la semaine dernière, avec leurs mères : les cinq enfants de Jennifer Clain, la nièce des frères Clain (officiellement morts lors d’une frappe de la coalition, ils avaient enregistré les revendications des attentats de novembre 2015) et les quatre enfants de sa belle-sœur.

Ces retours s’effectuant par Roissy, les enfants sont pris en charge par le département et les services sociaux de Seine-Saint-Denis. Le Point décrit précisément les différentes étapes de leur accueil : un temps de parole, en présence des parents, pour connaître leurs habitudes, un premier examen par le médecin de l’aéroport. Les enfants sont ensuite confiés à des assistants familiaux volontaires. On évite, en principe, que les frères et sœurs soient séparés, mais une famille ne peut accueillir plus de trois enfants. Un accompagnement juridique complexe est également mis en place. Les plus jeunes n’ont, au mieux, que des actes de naissance délivrés par l’État islamique : il faut donc, par des tests ADN, confirmer la filiation avec l’adulte avec lequel ils sont revenus.

Depuis fin 2016, l’aide sociale à l’enfance du département de Seine-Saint-Denis a accueilli 68 enfants, dont beaucoup ont entre 2 et 8 ans. Une quinzaine ont pu être renvoyés dans leur département d’origine, voire rendus à l’un des parents, resté en France et ignorant tout du départ en Syrie, ou à la famille élargie. « On pense à la sortie dès l’entrée », précise sa directrice adjointe : « L’objectif est en effet que ces enfants puissent vite rejoindre leur famille élargie, quand celle-ci est encore présente. » Tout cela a un coût. Le département a dû dégager une enveloppe spécifique de trois millions d’euros.

Bien sûr, les enfants ne sont pas responsables de l’engagement de leurs parents. Mais « qui sait ce qu’ils ont vu, entendu, ou même dû faire ? » s’interroge Le Point. Le pire, c’est que le gouvernement semble laisser le département se débrouiller tout seul. « C’est notre devoir, mais je trouve dommage que l’État se lave les mains de cette situation », confie son président. Il ne veut pas en faire un sujet de confrontation : « Il est dans l’intérêt de la société de bien accueillir ces enfants ». Sans doute, mais l’attitude de Ponce Pilate du pouvoir central est un peu facile.

Il laisse toute la charge des enfants arrêtés en Turquie et transférés en France aux départements, qui n’ont pas le choix. Pour les autres, il mène une politique du « cas par cas », ce qui lui laisse une grande latitude. Il s’expose, ainsi, à l’accusation de laxisme ou de sévérité. Il y a deux semaines, des grands-parents d’enfants français ont décidé de porter plainte contre le ministre des Affaires étrangères pour « omission de porter secours ». Mais le gouvernement ne commet-il pas, surtout, la faute de ne pas prendre franchement ses responsabilités ? De ne pas informer clairement les Français de sa politique à l’égard des djihadistes ou de leurs enfants, quand ils reviennent en France ?

Il est vrai que ces prétendus humanistes semblent se soucier plus des djihadistes, malgré leurs crimes, et de leurs enfants, innocentes victimes, que de leurs compatriotes dans le besoin. Pour eux, l’important, c’est de se donner les apparences de la bonne conscience.

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