Editoriaux - Politique - 20 janvier 2019

Emmanuel Macron, vous nous fatiguez !

Votre grand débat est peut-être une excellente idée ; en tous cas, c’est une idée qui vous permet de gagner du temps en tentant de fatiguer les marcheurs en jaune, mais en fait, c’est vous qui nous fatiguez. Certes, personne n’est obligé de regarder votre performance sur les chaînes d’information en continu. BFM TV, LCI, CNews vont d’ailleurs, elles aussi, très vite se fatiguer de perdre à jet continu leurs téléspectateurs, car pour le commun des mortels, ce one-man-show est insupportable. Vous me direz que rien ne nous interdit de “zapper” votre plan de com’.

Car il s’agit bien, là, d’un plan de communication doublé d’une campagne électorale pour les élections européennes avant l’heure. Aller de ville en ville à travers la France que vous désignez sous le nom impersonnel de “territoires”, entouré de 500 à 600 maires qui viennent vous exposer leurs problèmes quotidiens et auxquels vous allez répondre avec talent, il faut le reconnaître, pendant de longues heures, alors que, dehors, un millier de gendarmes vous protègent de la vindicte populaire, cela s’appelle un plan de com’. C’est triste à écrire, mais si vous acceptez de rencontrer ces maires, vous ne semblez pas vouloir affronter une petite centaine de gilets jaunes ou d’habitants des villes que vous avez sélectionnées.

Vous savez, bien sûr, que ces Français d’en bas, ces gens qui ne sont rien, ces gilets jaunes qui, depuis plus de deux mois, se gèlent sur les ronds-points quand vous ne les en avez pas chassés, vous auraient interpellé avec vigueur. Tandis qu’entouré des maires qui vous posent des questions locales, pour la plupart, vous vous délectez de leur répondre sur le ton doctoral, professoral, voire liturgique.

Toutes les excuses sont bonnes pour ne pas inviter un maire RN mais de nombreux élus n’ont pas la langue de bois. Ceux-là représentent, avec leur accent, la France profonde, la France des terroirs et pas celle des territoires, la France d’en bas. Par contre, vos réponses que vous déclinez pendant des heures ne peuvent que découler d’un bla-bla dont vous êtes un adepte – j’allais dire un accro.

Mais, M. Macron, nous n’avons pas besoin d’un marathonien de la jactance. Nous n’avons pas besoin de vous regarder discourir pendant des heures alors que vous avez été plutôt silencieux depuis que les gilets jaunes, dont vous évitez de prononcer le nom, vous font tourner en bourrique autour des ronds-points. Nous n’avons nul besoin de vous regarder sourire et répondre à des dizaines de questions en sachant pertinemment que vous ne pouvez pas décider de tout. De faire arrêter un train dans un village. De remettre le 90 sur une route de campagne. De rouvrir une classe fermée pour une mauvaise raison. De convaincre un médecin d’exercer dans tel bourg.

Nous avons besoin d’un Président qui dirige avec l’assentiment du peuple, et pas contre ses intérêts. D’un Président, par exemple, qui ne doit pas signer en catimini un pacte de Marrakech qui va forcément encourager l’immigration quand il faut y mettre un terme, ou engager la France, à travers un nouveau traité d’Aix-la-Chapelle, dans un bien curieux germano-centrisme. Au passage, sait-on que ce traité prévoit que, régulièrement, un ministre allemand participera au Conseil des ministres à l’Élysée (il est vrai avec réciprocité) ?

M. le Président de la République, arrêtez de monopoliser les chaînes d’actu pour tenter de remonter la pente de votre impopularité. Si les premiers de cordée vous suivent encore, les autres n’en peuvent plus.

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