« En temps voulu », il a dit. En non-campagne électorale dans la Creuse, lundi 24 janvier, a répondu ainsi à la question d’un étudiant qui l’interrogeait sur sa candidature pour un deuxième mandat. Une expression passe-partout qui permet de gentiment botter en touche et de maintenir le suspense. Après tout, c’est de bonne guerre.

« En temps voulu » : la même expression que le président de la République avait employée, en 2019, après l’incendie de Notre-Dame. « J’ai eu le pape au téléphone. Je l’ai évidemment invité à venir et il viendra en temps voulu. » En temps voulu, c’est-à-dire le moment venu. Le moment n’est, semble-t-il, pas encore venu et le pape encore moins. N’allez pas en déduire qu’on imagine un seul instant qu’ ne sera pas candidat. Il le sera afin de terminer le travail si bien commencé. En plus, réélu, sauf si les Français décidaient en juin de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier en ne réélisant pas une Assemblée aux ordres, ce sera open bar pour cinq ans et dans tous les domaines : sociétaux, sociaux, transfert des dernières bribes de souveraineté à Bruxelles, etc., and so on, und so weiter...

Non, il sera candidat et, pour l’instant, il profite au maximum de son supposé statut de « maître des horloges ». En clair et en moins lyrique, il joue la montre. Faire campagne aux frais de la princesse, c’est quand même bien pratique. On s’est moqué de Valérie Pécresse nous annonçant en chuchotant qu’elle partait pour le Doubs en voiture et pas en Falcon, mais il faut reconnaître que sur le fond, elle avait raison. Du reste, ce mardi matin, sur l’antenne d’Europe 1, Éric Ciotti a invité la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) à se « saisir du problème ».

Faire campagne à bon compte, retarder le moment venu, tenter de s’imposer comme le candidat naturel de l’ordre et éviter le débat avec ses adversaires ? Pour l'instant, « ça passe crème ». Le sénateur Stéphane Ravier a beau jeu d'ironiser, dans un tweet, sur cette situation qui commence à lasser : « Son Altesse Sérénissime Emmanuel Ier ne veut pas se rabaisser à débattre ? Peut-être trouve-t-il que l'élection n'est pas de son niveau et va-t-il demander au Conseil constitutionnel de le nommer Président à vie afin d'en finir avec cette formalité ? »

La présidence du Conseil de l’Union européenne est, du reste, pour Macron, une magnifique chance, même si cela peut être un outil à double tranchant, comme notre ami Marc Baudriller le soulignait, la semaine dernière. La crise ukrainienne peut d’ailleurs être une belle occasion, pour Macron, de rafistoler sa statue régalienne : incapable de réinstaller la République sur ses « territoires perdus », il est prêt à envoyer des troupes en Roumanie pour protéger ses frontières face à la menace russe. La frontière, qui est vilaine lorsqu’il s’agit d’interdire aux migrants de pénétrer sur le territoire européen - « Seize pays demandent à Bruxelles de financer des clôtures aux frontières de l’UE… Macron refuse ! » souligne, dans un tweet, Nicolas Bay, député RN au -, retrouve là toutes ses vertus…

En temps voulu, donc. En 1965, le général de Gaulle avait annoncé sa candidature pour un deuxième mandat le 4 novembre, soit juste un mois avant le premier tour. Refusant de faire campagne, se pensant au-dessus de tout cela, il laissa le terrain à ses adversaires, principalement Mitterrand, et se retrouva, contre toute attente, en ballottage au soir du premier tour. En 1981, Valéry Giscard d’Estaing se déclara le 2 mars, un peu plus de cinquante jours avant le premier tour. Quelques extraits de son allocution (on ne sait jamais, cela peut servir…) : « Je vous rendrai le pouvoir que vous m’avez confié en mai 1974 […] Je ne ferai appel ni à la haine, ni à la véhémence […] Je rendrai compte de mon mandat. […] Je montrerai comment j'ai respecté les engagements pris en 1974. Je vous dirai les motifs et les circonstances de toutes les décisions importantes de mon septennat… »

En 1988, c’est le 8 février que François Mitterrand annonçait qu’il était prêt à rempiler. C’était au 20 Heures d'Antenne 2. Le journaliste Henri Sannier : « Monsieur le Président, êtes-vous à nouveau candidat à la présidence de la République ? » Réponse de François Mitterrand : « Oui. » On ne pouvait faire plus concis. La suite, après, n’avait plus grand intérêt. En 2002, Jacques Chirac joua aussi la surprise. C’était le 11 février, à Avignon : « Alors, chère Marie-Josée Roig [maire RPR de la cité des papes qu'un certain Christophe Castaner n'avait pas pu empêcher, en 1995, malgré quelques vilenies, de prendre la mairie aux socialistes...], vous m’avez posé une question directe et franche. Eh bien, j’y répondrai dans le même esprit : Oui, je suis candidat. Et j’ai voulu le dire au milieu des Français, avec vous. »

En 2022, on compte sur l’imagination débordante d’ pour nous surprendre et nous dire « Voici venu le temps... des rires et des chants... c'est le pays joyeux... »

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25 janvier 2022

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62 commentaires

  1. J’imagine JUPITER, revêtant le costume de CASIMIR pour nous annoncer qu’il rempile pour le plus grand bonheur des Français et pour achever, en quelques semaines, la construction des États-Unis d’Europe qui le désigneront (naturellement et sans contrainte) Président à vie de ce nouveau « machin ».

  2. Un petit tour par Oradour ces derniers jours afin de « mettre les français en garde », etc etc … Comme en 2017. C’est gros, mais, bon …

  3. Candidat sans aucun doute. Pourquoi pas une déclaration le 4 mars, date limite du dépôt des parrainages et ainsi optimiser au maximum le denier public pour mener campagne. Il n’y aura pas de débats avec les autres candidats, c’est plus confortable de vanter un bilan devant Darius Rochebin. L’âge peut-être, mais c’est la première fois de ma vie d’électeur que l’inquiétude d’une réélection me terrifie, comment faire confiance à un personnage gouvernant à l’aide d’un garde des sceaux mis en examen

  4. Il va se déclarer CANDIDAT quand il aura fini sa CAMPAGNE à nos frais (ça c’est un abus de biens sociaux) et que pendant ce temps là, notre employé ne fait pas son travail de Président. Est-ce normal qu’un Président en place puisse se porter candidat pour les prochaines élections alors qu’il n’a pas terminé sa période et qu’il n’a donné aucune satisfaction à son peuple durant sa Présidence ? Il faudrait que nous puissions avoir le droit de lui refuser de se porter candidat.

  5. Comment n’a -t- il pas encore compris qu’un second mandat serait très mal accepté par bon nombre de Français qui n’ont plus envie de voir ses menottes s’agiter en permanence, de l’entendre mentir: qui le croit encore? ,de le voir faire le beau: la période  » charme » est terminée; elle n’a jamais existé pour moi. Quelque chose de faux dans ce foutriquet. Et c’est certain, il n’aurait pas la majorité à l’AN.

  6. Cet article apporte la lumière nécessaire à la compréhension des déplacements du candidat non déclaré à travers notre doulce France : espère t il y découvrir des arguments décisifs favorisant ses acrobaties verbales ??

    En fait, les invités encore dubitatifs à l’entrée du meeting, ne peuvent qu’en ressortir pleinement convaincus cette fois de son hypocrisie irréversible…

  7. N’en déplaise aux sondages la grande majorité des français souhaitent que Macron dégage loin et au plus vite , nous souhaitons oublier ce type abominable qui aura tout détruit dans ce pays et l’aura endetté comme jamais .Et ne pas oublier combien de morts et de malades à cause de sa gestion du covid .

  8. En temps voulu?? ce type a mis la France économiquement et politiquement dans un tel état, qu’il est capable de dire à la dernière minute à la surprise générale, qu’il ne se présente pas histoire de laisser uniquement la «  »patate chaude » » à celui ou à celle qui le remplacera

  9. Les sondages manipulés le donne réélu les doigts dans le nez alors pourquoi s’en faire ! Elle est pas belle la vie ! Au frais du contribuable, l’autosatisfaction absolue le maître de l’Europe jubile .. Je plaisante mais bon..

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