Élections en Pologne : la défaite des conservateurs

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Le 15 octobre dernier, les élections législatives polonaises ont vu la défaite du parti conservateur Droit et Justice (PiS) polonais. Ce parti, au pouvoir depuis huit ans, est arrivé en tête du scrutin mais a perdu la majorité parlementaire au profit d’une coalition centriste. Le PiS n’est donc pas en mesure de rester au pouvoir.

Les résultats

Selon Ferenc Almássy, du Visegrad Post, le PiS détient aujourd’hui 194 sièges au Parlement qui en compte 460, contre 223 sièges aux élections de 2019. La coalition centriste de la Plate-forme civique (PO) menée par Donald Tusk, ancien Premier ministre et ancien président du Conseil européen (c’est dire s’il a la faveur de la majorité Ursula), détient maintenant 197 sièges. Elle sera aidée du parti Nl, de gauche, avec ses 26 députés, tandis que les membres du TD, Troisième Voie, que le PiS a ouvertement dédaigné lors de la campagne électorale, comptera 65 sièges. Troisième Voie est ainsi « faiseur de roi » et se ralliera très certainement à Donald Tusk pour former une coalition gouvernementale.

On notera, également, l’échec du référendum organisé en même temps sur l’adhésion de la Pologne au Pacte migratoire, la privatisation d’entreprises publiques, la retraite à 67 ans et l’ouverture de la frontière avec la Biélorussie : avec une participation de 40 %, les résultats de cette consultation n’ont pas de valeur contraignante, et c’est pourquoi l’électorat anti-PiS l’a boycotté, privant ce dernier d’un levier d’action en cas de défaite. En revanche, la participation aux élections a été historique, avec 74,25 % de votants. C'est donc une défaite sèche pour les conservateurs polonais, même s’ils restent le premier parti de Pologne.

Pourquoi un tel échec ?

Il y a, bien sûr, l’usure du pouvoir, un détournement de la politique même chez les plus militants des soutiens du PiS. Mais aussi quelques incohérences dans la politique du gouvernement polonais qui, s’il reste opposé à toute immigration illégale, a considérablement renforcé l’immigration légale – on ne parle pas, ici, des réfugiés ukrainiens. Comme le relève Ferenc Almássy, fin connaisseur des pays de l’Est : « Depuis deux ans environ, l’immigration légale extra-européenne a explosé. […] On voit dans les grandes villes, et à Varsovie en particulier, un changement net dans les rues, dans les taxis et VTC, dans l’arrière-boutique de restaurants ou encore parmi les livreurs. Mais cela ne se voit pas vraiment à la campagne, où se situe l’immense majorité des électeurs du PiS. […] La politique d’immigration légale du gouvernement, accélérée cette année, est devenu un vrai sujet de société et a été difficile à gérer en termes d’image, les nationalistes profitant électoralement le plus de la situation, continuant à éroder la base électorale du PiS. »

Une incohérence majeure qui n’est pas sans rappeler la volonté de Giorgia Meloni, en Italie, de renforcer l’immigration légale pour les métiers en tension, sous la pression de l’Union européenne et du patronat italien.

L’État de droit ? Parlons-en !

Donald Tusk, qui sera sans doute chargé de constituer le nouveau gouvernement, exulte, emphatique : « La Pologne a gagné, la démocratie a gagné, nous les avons chassés du pouvoir. C’est la fin de cette mauvaise période, c’est la fin du règne du PiS. »

Les chancelleries exultent de ce prochain « retour à l’État de droit » mais il faudra, pour avoir les coudées franches, que la future coalition au pouvoir affronte le veto présidentiel du président Andrzej Duda, élu en juin 2020 et proche du PiS. En effet, dans ce régime semi-présidentiel, le Parlement doit avoir une majorité qualifiée des trois cinquièmes (soit, pour un total de 460 sièges, 276 sièges) pour passer outre ce veto.

Or, ce parangon de l’État de droit adoubé par les chancelleries européennes en a, nous apprend le Visegrad Post, une curieuse conception : « Pour moi, le plus important est une coopération étroite avec les juges et les tribunaux polonais, ainsi qu'avec les tribunaux européens. La plupart des décisions qui détruisent le système judiciaire polonais peuvent être annulées sans attendre la gracieuse signature du président Duda. Parce que la plupart de ces décisions ont été contre la Constitution polonaise, contrairement au droit polonais, contrairement au droit européen. Au moins ces décisions concernant leurs nominations, leurs promotions, les structures qu'ils ont construites, sont juridiquement invalides. Il ne faudra pas de lois spécifiques pour restaurer l'État de droit en Pologne. Plusieurs équipes y travaillent pour que ce ne soit pas une perte pour les citoyens. Vous ne pouvez pas devenir victimes de ce que le PiS a gâché. »

Une conception de l’État de droit et surtout de la légitimité d’un gouvernement élu - celui du PiS, ces huit dernières années - pour le moins plastique… Dit clairement, au mépris des institutions fondamentales de la Pologne, Donald Tusk, éventuel futur Premier ministre, est prêt à contourner le président de la République pour détricoter toute la politique du gouvernement précédent et plaire ainsi à l’UE qui, pour le coup, ne trouverait sans doute rien à redire à un gouvernement polonais redevenu fréquentable. Manfred Weber, président du PPE, a d’ailleurs adressé ses félicitations à Donald Tusk, «qui doit maintenant former un gouvernement qui protégera les intérêts de la Pologne et fera de l’État un partenaire de coopération avec l’UE. Nous pouvons tous nous réjouir du retour de la Pologne. »

Marie d'Armagnac
Marie d'Armagnac
Journaliste à BV, spécialiste de l'international, écrivain

Vos commentaires

20 commentaires

  1. Le propre (si l’on peut dire) de l’homme, c’est d’être un lâche, pas tous heureusement, mais une majorité. La Pologne me fait penser à la France en 1969, lors du référendum initié par le Général De Gaulle, qui avait sorti la France du bourbier (euphémisme, je veux rester poli) ou l’avait mise les politiciens de la 4eme république, eh bien, dès que le danger leur semblait écarté, les lâches l’ont viré pour des chimères, nous en payons encore aujourd’hui les conséquences.

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