Élections britanniques : un résultat contrasté pour Theresa May

Le 20 mai dernier, Theresa May déclarait : “Si je perds six sièges, je perdrai alors l’élection et Jeremy Corbyn négociera avec l’Union européenne.” Moins d’un mois plus tard, les conservateurs perdaient 12 sièges au Parlement, lors d’une élection provoquée par Theresa May, qui entendait bénéficier d’une majorité absolue qui lui aurait donné les mains libres dans le cadre des discussions autour du Brexit. Ce ne sera donc finalement pas le cas, le Royaume-Uni renouant avec un bipartisme franc (43,9 % pour les conservateurs contre 40 % pour les travaillistes). Quels enseignements tirer de ce scrutin post-Brexit ?

Enregistrant 43,9 % des suffrages exprimés, les conservateurs réalisent leur meilleur score depuis 1979, moment de l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher. Ils pourront compter sur 318 élus au Parlement britannique. Malheureusement pour eux, le nombre de représentants Tories est bien moins important qu’attendu, laissant Theresa May dans une position inconfortable. En effet, cette dernière a souhaité organiser des élections anticipées pour se retrouver en position de force dans son parti et jouir d’une importante marge de manœuvre pour la suite de son mandat. Les cadres du Parti conservateur semblent d’ailleurs regretter le choix de Theresa May, n’hésitant pas à comparer sa performance à celle de David Cameron aux élections générales de 2015, lequel avait obtenu un score plus faible mais une majorité absolue avec 331 sièges. Sa campagne et sa personne suscitent aussi des interrogations. Reconnaissons que plusieurs erreurs lui sont imputables : son “L’argent ne pousse pas dans les arbres” lancé à une infirmière demandant la fin du gel de son petit salaire, son refus de débattre avec Corbyn à la télévision ou encore sa proposition visant à créer une taxe finançant la protection sociale des retraités…

Les travaillistes retrouvent du poil de la bête. Après avoir subi une défaite historique en 2015, dont Ed Milliband fut rendu responsable, le Parti travailliste semble renouer avec son faste d’antan, portant son total de sièges à 261, c’est-à-dire 29 de plus. Jeremy Corbyn, pourtant très clivant, d’une approche parfois « gauchiste », a su profiter des erreurs de son adversaire. Les deux tiers de l’électorat de moins de 30 ans ont d’ailleurs voté pour le Labour. Demain, forts d’un meneur jeune et charismatique, les travaillistes pourraient retrouver le 10 Downing Street. Il faudra, pour cela, qu’ils fassent évoluer leur programme vers plus de réalisme. Soulignons, néanmoins, la performance spectaculaire de Corbyn qui, il y a tout juste quelques mois, était donné à 24 % quand May était annoncée à plus de 50 %…

Les formations régionales deviennent les arbitres des scrutins. Ainsi, les unionistes protestants, eurosceptiques et très à droite, sont-ils en position de force pour négocier avec le Parti conservateur… Leurs dix élus pourraient accorder une majorité aux Tories. Ils seront donc courtisés dans les jours qui viennent. Les résultats sont plus mitigés pour le Scottish National Party, proche des travaillistes, qui perd de nombreux sièges alors qu’il dominait ultra-majoritairement la vie politique de la partie septentrionale du royaume. Alliés traditionnels de la gauche, le Plaid Cymru et le Sinn Féin ne suffiront pas à Corbyn pour obtenir une majorité, en dépit de scores honorables.

L’UKIP est mort et enterré. Pas un seul élu et une chute vertigineuse. Troisième parti en 2015, la formation souverainiste est désormais dépassée par les libéraux-démocrates. Paul Nuttall n’a pas réussi à correctement succéder au charismatique Nigel Farage et vient de démissionner.

Theresa May a annoncé se maintenir à son poste. La vraie question est la suivante : pourra-t-elle mener à bien sa politique et les négociations du Brexit qui commenceront dès le 19 juin ? Rien n’est moins sûr, tant les couteaux s’affûtent dans les rangs conservateurs. Si, d’aventure, elle ne parvenait pas à gagner le soutien d’une majorité, de graves turbulences pourraient secouer le Royaume-Uni. Elle doit, au plus vite, faire voter un programme de gouvernement.

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