Editoriaux - International - Table - 25 novembre 2017

Eh oui, des Africains musulmans réduisent en esclavage d’autres Africains… Et ce n’est pas nouveau…

Le racisme existe, mais pas forcément là où on tente de le faire croire. Le racisme, la xénophobie, l’islamophobie sont les armes préférées des inquisiteurs qui pourchassent le coupable idéal, le mâle blanc porteur de tous les péchés du monde, des croisades à l’esclavage, de la colonisation à la discrimination. Cette vision culpabilisante à sens unique est efficace chez les chrétiens, toujours portés à battre leur coulpe. […]

Plusieurs événements sont venus récemment ouvrir les yeux. Alors que les Européens étaient appelés à réparer des fautes vieilles d’un siècle et demi, […] CNN révélait que l’esclavage existait actuellement en Libye. Des migrants venus d’Afrique subsaharienne pour trouver sur les côtes libyennes des passeurs capables de les amener en Europe sont vendus aux enchères à des fermiers près de Tripoli. Bien sûr, l’assommoir médiatique des ONG s’est aussitôt mis à marteler que la responsabilité de cette situation incombait une fois encore à l’Occident et à l’Europe. Ce trafic d’êtres humains aurait trois causes qui viendraient du Nord. La première est objective : le colonel Kadhafi, dictateur terroriste, avait beau être peu sympathique, il faisait régner l’ordre à sa manière dans un pays tribal […].

La seconde est déjà beaucoup plus discutable : les Noirs venus du Sud s’entasseraient en Libye parce que l’Europe ralentirait désormais le flux migratoire dans sa direction ; il est tout à fait légitime qu’un État décide de l’accueil d’étrangers sur son territoire en fonction de ses besoins, des souhaits de sa population et du droit international ; les migrants économiques ne peuvent prétendre au titre de réfugiés.

Enfin, les ONG accusent les gouvernements européens de duplicité, voire de complicité, dans la mesure où ils seraient parfaitement informés de la réalité, mais préféreraient négocier avec des pouvoirs locaux corrompus afin de se débarrasser d’un problème électoralement dangereux, comme les élections en Allemagne viennent de le souligner. […] On peut accuser les gouvernements occidentaux soit d’être intervenus, soit de ne pas avoir été jusqu’au bout de leur stratégie, en rétablissant l’ordre et la paix dans le pays visé par leur attaque. Mais on doit aussi prendre conscience de la réalité. L’échec des interventions militaires de l’Occident hors d’Europe a d’autres raisons qui, justement, tiennent aux mœurs, aux traditions, à la mentalité qui règnent sur place, et non aux maladresses occidentales.

L’idée que le racisme soit plus enraciné au sud qu’au nord de la Méditerranée étonne certains. Un commentateur s’en étranglait : comment ? Ce sont des Africains qui “vendent” des Africains ? Le préjugé, selon lequel seuls les abominables Blancs peuvent se livrer à ces méfaits, est tellement ancré qu’on avait perdu la mémoire, qu’on était resté aveugle sur le présent. L’esclavage au nord et à l’est de l’Afrique a existé avant le trafic transatlantique occidental, et il a perduré après sa disparition, depuis le Moyen Âge jusqu’au cœur du XXe siècle. Il a, comme lui, bénéficié de la complicité d’acteurs locaux, âpres au gain ou vainqueurs de guerres indigènes. Lorsque Charles X lance la flotte et l’armée françaises contre Alger, c’est pour mettre fin à un nid de pirates esclavagistes qui, depuis des siècles, s’emparent d’otages européens pris en mer, ou sur les côtes, rachetés grâce à l’entremise d’ordres religieux catholiques spécialisés, ou réduits en esclavage. Zanzibar, cet archipel en bordure de l’Afrique orientale et qui appartient maintenant à la Tanzanie, était une dépendance du sultanat d’Oman et vivait essentiellement des trafics de la mer Rouge et de l’océan Indien, notamment celui des esclaves. Entre 1830 et 1873, 700.000 esclaves noirs y furent vendus. Tombouctou, sur la route des caravanes transsahariennes, jouait un rôle analogue. Les références à l’esclavage abondent dans le Coran ou les hadiths. Il n’est proscrit par l’islam qu’à l’égard des musulmans. Il n’y a rien d’étonnant à ce que les résistances à ces pratiques soient plus faibles que dans l’espace chrétien. De même, le racisme, la ségrégation, la discrimination sont présents en Afrique. L’écrivain Kamel Daoud, dans un article saisissant, pointait leur développement en Algérie. La distance qui a toujours existé de la part des Arabes ou des Berbères envers les Noirs est devenue chez beaucoup un rejet violent.

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