En attendant la possible et nouvelle vague d’épidémie qu’on nous annonce, c’est à d’autres remous que nous assistons, ceux d’un populisme d’un genre inédit. Après les gilets jaunes, la blouse blanche de Didier Raoult, désormais « plus connu que la plupart des ministres du gouvernement Philippe », dixit Sophie Coignard sur le site du Point, ce mercredi 27 mai.

À l’en croire, « 45 % des Français ont une bonne image de lui, contre 35 % qui s’en défient. Et ce sont, sans surprise, les électeurs de et de qui le plébiscitent. » La récente interdiction de l’hydroxichloroquine, annoncée vendredi 22 mai dernier, après une étude publiée dans la revue scientifique The Lancet, aurait pu donner un coup d’arrêt à cette popularité grandissante. Il n’en a rien été.

Il est vrai que, dans le même temps, Philippe Douste-Blazy, médecin de profession et ancien ministre de la Santé, vole au secours de l’hérétique, accusant The Lancet d’être sous influence directe des multinationales du médicament. À cet égard, on remarquera que Le Monde de ce mercredi, évoquant l’interdiction de l’hydroxichloroquine, ne fait pas la moindre allusion aux réserves plus que sévères d’un Douste-Blazy pourtant assez peu connu pour son goût de la transgression et naguère chouchou de ce quotidien vespéral pour ses prises de positions « humanistes ».

Alors, populisme façon nouvelle vague ? Non content de refaire l’éternel match OM/PSG, joue à la fois la province contre Paris, le peuple des ronds-points contre celui des grandes villes en affirmant, à LCI, ce mardi 26 mai dernier : « Les gens, ils pensent comme moi. Vous croyez qu’ils pensent comme vous, mais vous vous trompez ! » Pis, et ce, histoire d’aggraver son cas, il se lance dans la climatologie. Cité par BFM TV, ce même mardi : « Vous pouvez m’accuser de climato-scepticisme comme de tous les scepticismes, et je suis d’accord. Car sinon, je cesse d’être un scientifique et je deviens prêtre. […] Le réchauffement climatique, dont on ne connaît pas la causalité, n’est plus qu’un dogme impossible à contester, une religion aux enjeux financiers énormes. »

Pour autant, notre professeur Tournesol « dément toute tentation de se lancer en politique », assure la Sophie Coignard plus haut évoquée. Ce qui n’empêche pas d’autres trublions de vouloir se placer sur les rangs. L’humoriste Jean-Marie Bigard, tout d’abord, qui pourrait « être intéressé par une candidature à la présidentielle de 2022 », tel que confirmé à BFM TV, ce mercredi 27 mai. Le coup de téléphone qu’ lui a récemment passé lui aurait-il donné des ailes ? Nous n’en sommes pas loin : « La plupart du temps, toutes les phrases que j’ai dites, il les a approuvées. […] Parce que ce sont des phrases du peuple. C’est ce que le peuple ressent. Comme il a un peu de mal à s’adresser directement au peuple, il s’adresse à moi. »

Encore un que la modestie n’étouffe pas. Mais depuis Beppe Grillo, fondateur du Mouvement cinq étoiles et comique au slogan de campagne très bigardien – « Vas te faire enc… » – ayant emporté un quart des suffrages aux législatives de 2013, tout peut aussi devenir envisageable. La preuve en est que François Ruffin, cinéaste un brin foutraque et alter ego de Jean-Luc Mélenchon à la tête de La France insoumise, se verrait bien, lui aussi, un destin national. Toujours sur BFM TV, il entend laisser « la porte ouverte » pour la prochaine élection présidentielle : « Si jamais c’est moi qui dois ramasser le drapeau, j’irai le ramasser. » Ce à quoi l’irascible Mélenchon a eu tôt fait de répondre : « Pour l’instant, le drapeau est fermement tenu. »

Bref, de quoi faire passer pour une candidate institutionnelle et représentante de « l’ancien monde ». On imagine que ça doit cogiter ferme, au siège du Rassemblement national, sachant que si, en matière populiste, elle possède une indéniable antériorité, cela ne saurait non plus la protéger d’autres jeunes pousses susceptibles de lui faire de l’ombre un de ces jours prochains.

27 mai 2020

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