Comme souvent, la France a un train de retard sur les États-Unis – pardon : les States – dans ce qu’il est convenu d’appeler les questions de société – pardon encore : sociétales. Prenez tout ce qui tourne autour de la théorie du  qui « n’existe pas », comme osait l’affirmer Najat Vallaud-Belkacem lorsqu’elle était ministre de l’Éducation nationale. Cette théorie n’existe peut-être pas, mais on ne parle plus que de genre. Le idéal n’existant pas, on a cependant sacrément progressé dans ce domaine. Par exemple, allez sur le site Service-public.fr, site officiel de l’administration française, vous saurez tout… « Vous souhaitez changer l’indication du sexe sur vos actes d’état civil ? Il n’est pas nécessaire d’avoir suivi un traitement médical ou d’avoir été opéré. Vous devez démontrer que le sexe indiqué sur votre état civil ne correspond pas à celui de votre vie sociale… » Notez qu’on y parle de votre « sexe social » et de votre « sexe juridique », pas de votre « sexe biologique » : c’est un signe. Du reste, certains vont même jusqu’à suggérer que l’on supprime la mention du sexe sur les documents d’état civil, d’autres qu’on instaure un système « d’autodéclaration » (à quel âge ? Débat à l’horizon), enfin, certains proposent que l’on ajoute la mention « sexe neutre ». Tout est possible, c’est le jeu de la vie.

Cela dit, il n’est pas question de parler de sexe ici, mais de genre. C’est le sujet du jour. Mais c’est un peu lié quand même. Un train de retard sur les States, disions-nous. En 2019, le pronom neutre They faisait son entrée officielle dans le dictionnaire américain Merriam-Webster, filiale de l’Encyclopaedia Britannica depuis 1964. Le 18 novembre 2019, Match consacrait un article à cette introduction « dictionnariale ». « “They” gagne du terrain aux Etats-Unis, utilisé par les personnes dites “non binaires”, qui ne s’identifient ni comme homme ni femme. Un combat qui s’étend de façon encore confidentielle à d’autres pays : en France certains suggèrent la généralisation du pronom équivalent “iel”, contraction de “il” et “elle”. » Il est de bon ton, désormais, lorsqu’on est progressiste, de préciser sur son profil de réseau social comment on souhaite être identifié. Ainsi, celui de la vice-présidente américaine Kamala Harris, cochant toutes les cases : « Wife-Momala-Auntie-She/her » (« Momala » étant le nom que lui donnent les enfants de son mari. On s’en fout un peu, au niveau des problèmes géopolitiques qui secouent notre vaste monde, mais bon…).

Trois ans après les USA, donc, la vague progressiste s’échoue chez nous. Le dictionnaire Robert vient en effet d’introduire le pronom « iel » dans les pages de son dico en ligne. Définition : « Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre. On écrit aussi “ielle”, “ielles”. » La mention « rare » est précisée. Effectivement, en faisant mon marché par chez moi, je ne l’ai pas encore entendu. Il s’agit pour le célèbre dictionnaire, toujours à la pointe du « progressisme antiacadémique », comme l’a fait remarquer Philippe Dassier sur Twitter, d’être plus « inclusif », adjectif désormais valise ou tarte à la crème, qui peut tout aussi bien s’appliquer à un gouvernement taliban (dans tes rêves !) qu’à une résidence pour seniors en zone périurbaine.

Bon, tout ça, c’est bien joli, mais rien de tel qu’un peu de pratique pour comprendre, surtout dans une matière aussi rébarbative que la grammaire. Pour cela, un petit plongeon dans un chef-d’œuvre, le Guide de grammaire neutre inclusive, document qui « a grandement été inspiré par Le petit dico du français neutre/inclusif du blog français La vie en Queer ». Les auteurs de ce guide ne manquent d’ailleurs pas de remercier « chaleureusement saon auteurice pour son travail ». Ainsi, pour parler d’une personne qui ne se reconnaît ni du masculin ni du genre féminin, on écrira : « Iel s’en va à l’épicerie. » L’épicier fera gaffe à ne pas lancer trop vite un traditionnel « Bonjour à vot’ dam ! » Un autre exemple, plus complexe, cette fois : « C’est pour elleux qu’iels ont discuté avec ellui. » Essayez à l’oral, c’est joli comme tout. Pour rester en famille : « Iel a eu la visite de saon cousaine. » On ne dit pas si iel s’appelle Bette. À côté de ce charabia, le très macronien « celles et ceux » passe pour de la littérature Grand Siècle.

15 novembre 2021

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