Vous ne pouvez pas avoir raté la prestation de Corinne Masiero à la cérémonie des César. Robe « Peau d’âne », costume en tampons usagés, et ce bouquet final, nue et couverte de sang, avec des inscriptions qui visent à défendre la culture. Je ne m’étendrai pas ici, les images ont fait le tour de France (Dieu merci, pas du monde), chacun a pu les voir à sa guise.

Non, ce que je trouve intéressant, c’est l’image de la femme que s’est attachée à véhiculer Corinne Masiero. Première couche : Peau d’âne, « la familia grande » avant l’heure : un conte qui n’a dû choquer personne dans l’assistance, mais enfin, bon. Deuxième couche : les tampons, à la fois chics et respectueux des femmes ; on peut objecter, avec les progressistes, que les règles, c’est beau. C’est un peu comme on veut. Mais enfin bon (bis), dans notre sale monde patriarcal, ce n’est pas encore entré dans les mœurs, les tampons usagés derrière les oreilles. Troisième couche, et après on attaque le squelette : l’actrice à poil, dans son petit costume de chair triste, sur lequel un commentaire qualificatif de ma part manquerait de tact. Du sang, encore, et puis des trucs au marqueur écrits devant et derrière ; pas grand-chose de plus que les Femen. À part, peut-être, une faute d’orthographe sur le haut du dos, puisqu’on écrit « Rends-nous l’art, Jean » avec un « s » à « rends » ; même quand on veut faire un jeu de mots, on fait un peu attention. Vous me direz, quand on en est à corriger les fautes d’orthographe sur le corps d’une femme, c’est que la vision du reste laisse à désirer… mais enfin bon (ter).

Corinne Masiero « assume », à ce qu’il paraît. On n’en attendait pas moins. On s’en serait douté, hein : quand on se met à poil à la télé à 57 ans, c’est qu’on assume. Plusieurs belles leçons de féminité nous sont donc offertes par cette artiste qui assume : d’abord, pour l’image des femmes comme pour beaucoup d’autres domaines de la vie, la République (les femmes à poil pour défendre les intermittents) et l’ rigoriste (les chauves-souris pour défendre la liberté) semblent être, une nouvelle fois, les deux seuls choix qu’offre l’audiovisuel. Ensuite, la vulgarité ne choque même plus : qu’y a-t-il de révolutionnaire à ne pas respecter les cérémonies ? Comme l’avait superbement observé Will Butler, « ce qui est punk, désormais, c’est d’être conservateur ». Il n’y aurait pas eu plus iconoclaste qu’une soirée smoking-robe longue, qui renoue avec un certain âge d’or, celui où on était plus émoustillé de voir Ava Gardner tout habillée que d’être obligé de supporter des Corinne Masiero à poil.

Enfin, et c’est la leçon la plus importante de cette cérémonie des César, que reste-t-il du cinéma français ? Si on enlève les quotas diversitaires, le militantisme sociétal et l’entre-soi, rien. Pas étonnant que nos films se vendent mal : ils n’ont, le plus souvent, aucun intérêt. Et j’ai la faiblesse de penser que ce n’est pas ce de prestation qui nous aidera.

16 mars 2021

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