Du Père Noël est une ordure aux Visiteurs : Jean-Marie Poiré fait son cinéma…

Capture d'écran YT
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Quand ils rédigent leurs mémoires, les cinéastes n’ont pas toujours grand-chose à dire ; et leurs acteurs encore moins. Pourtant, des exceptions existent, tels ceux de Jean-Marie Poiré, Le rire est une fête (Michel Lafon). Déjà, dans un milieu d’un conformisme des plus nigauds, voilà un homme qui n’hésite pas à afficher ses opinions royalistes : à le lire, depuis Louis VI le Gros (1081-1137), la France s’en irait à vau-l'eau ; soit une opinion qui, même si elle ne vaut que ce qu’elle vaut, en vaut bien une autre.

Jean-Marie Poiré est le fils d’Alain Poiré, le producteur en chef de la Gaumont, société ayant régné plus d’un demi-siècle sur le cinéma français. Il est donc né capé, façon mousquetaire dans un film de cape et d’épée. Pourtant, et ce, façon mousquetaire, il a eu les cheveux qui lui battaient les fesses, sans parler de ses ongles peints en noir et de ses yeux cernés de Rimmel™. Toute une époque. Ce qui ne l’empêche pas de devenir copain comme cul et chemise avec un certain Michel Audiard. Ensemble, ils scénarisent l’un des meilleurs films de Georges Lautner, Pas de problème ! (1975), tout en œuvrant à quatre mains sur les œuvres personnelles du maître dialoguiste, dont Comment réussir quand on est con et pleurnichard (1974).

Entre rock and roll et Septième Compagnie au clair de lune…

À croire que Jean-Marie Poiré ait pu faire sien ce mot du philosophe Alain de Benoist, autre personnalité inclassable : « Les étiquettes ? C’est juste bon pour les pots de confiture… » Ainsi, notre homme est, d’un côté, et ce, sous le nom de Martin Dune, le chanteur des Frenchies, groupe de rock pas trop mauvais, mais dans lequel il n’est pas très bon, braillant comme un putois auquel un âne ferait subir les derniers outrages.

De l’autre, il scénarise la trilogie de La Septième Compagnie au clair de lune, de Robert Lamoureux, cinéaste dont l’univers est assez loin de celui de Woodstock, avouons-le. Grand écart ? Pas forcément, car c’est aussi l’homme dont la carrière prend son envol avec Le Père Noël est une ordure (1982), tourné en compagnie de la troupe du Splendid. Soit un film destiné à devenir à peu près aussi culte que Les Tontons flingueurs de Georges Lautner (1963), dont nombre de répliques ont fini par faire partie du langage courant.

Dynamiter les clichés de l’époque…

L’autre spécificité de ce film, tout comme Papy fait de la résistance, tourné un an plus tard, est qu’il y dynamite les clichés de l’époque ; humanitaire crétin pour le premier, résistancialisme niais pour le second. Bref, toujours là où on ne l’attend pas. Pour ce faire, il a l’appui d’une autre figure inclassable du show-biz et assez large d’esprit pour accepter d’être interviewée par l’auteur de ces lignes pour l’hebdomadaire Minute, au siècle dernier : le producteur Christian Fechner, l’homme qui a créé les Charlots, mais qui a aussi relancé la carrière de Louis de Funès, avec L’Aile ou la Cuisse, de Claude Zidi (1976) tout en finançant Les Enfants du marais de Jean Becker (1999), autre immense succès du cinéma français auquel personne, pourtant, ne croyait.

Mais il est vrai que le défunt Christian Fechner était un producteur d’une autre époque, qui ne vivait pas des subsides du contribuable, n’ayant pas hésité, pour financer Papy fait de la résistance, à hypothéquer sa propre maison. C’est à ces personnalités d’exception que Jean-Marie Poiré rend hommage en ces pages écrites d’une plume alerte et truffée d’éclats de rire. Telle l’amitié liant les acteurs Jacques François et Philippe Noiret. L’un, à en croire l’auteur, « était tellement à droite, que plus à droite que lui, il n’y avait plus que le mur », tandis que l’autre portait plus à gauche. Mais les deux passaient régulièrement leurs vacances ensemble, se régalant à l’avance de ces longues soirées où ils pourraient s’engueuler en parlant politique. Une liberté de ton et d’esprit devenue si rare, aujourd’hui, et que l’auteur nous fait partager avec bonheur.

La pièce maîtresse de ces souvenirs enchanteurs ? Les Visiteurs, évidemment, qui cassa la baraque en 1993, alors que personne ne misait un fifrelin sur une histoire de voyage temporel sur fond médiéval. Là encore, pas de rancœur chez Jean-Marie Poiré, que ce soit chez les grands argentiers du cinéma français – dont son propre père – ni contre une critique l’ayant généralement toujours, au mieux snobé et au pire étrillé. Juste le bonheur de faire partager le sien, consistant à filmer de chouettes histoires.

Mes meilleurs copains, son chef d’œuvre…

On sent malgré tout poindre chez lui un sincère regret, celui de l’échec en salles de Mes meilleurs copains (1988). Peut-être le film qui lui tenait le plus à cœur, sûrement parce qu’il racontait celui de sa propre vie, celle du chanteur des Frenchies ayant abandonné son groupe pour poursuivre une hypothétique carrière en solitaire. Soit une bouleversante ode à l’amitié, écrite et produite avec Christian Clavier, mais qui manquera de les conduire tous deux à la ruine. Ce film, ayant révélé l’immense Jean-Pierre Darroussin, est, depuis, devenu un classique du genre.

Mais pour en savoir plus, prière de se rapporter à l’ouvrage en question. Pour une fois qu’une figure du show-biz a quelque chose à dire et, qu’en plus, il le dit bien, l’occasion est trop rare pour être manquée.

Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Des bons films qui ont rempli les salles de cinéma , comme quoi quand c’est du bon cinéma le public suit .

Commentaires fermés.

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