Corse : les fêtes et traditions catholiques toujours bien ancrées

Saint Erasme, à Bonifacio. Source: X
Saint Erasme, à Bonifacio. Source: X

À Bastia, la ville a renoué, le dimanche 2 juin, avec une tradition oubliée depuis 70 ans : la Fête-Dieu. Les cinq paroisses de la ville bastiaise ont été conviées à la procession. « Cette fête s’était perdue, parce qu’il y avait moins de prêtres et moins de ferveur », confie Pierre Pancrazi, confrère de Saint-Charles, au journal Corse Matin. Près d’une centaine de fidèles, issus des cinq confréries de la ville bastiaise (Saint-Joseph, Sainte-Croix, Saint-Charles, Saint-Roch et l’Immaculée Conception) se sont rassemblés, rejoints par des confrères des communes voisines du Cap Corse ou de Balagne afin de célébrer la Fête-Dieu. Une procession conduite par le cardinal Bustillo, évêque d'Ajaccio, portant, comme autrefois, le Saint-Sacrement sous le dais. « Ce sont des vieilles processions qui remontent à très loin. On sortait le Saint-Sacrement tantôt pour les épidémies, tantôt pour les guerres », explique à Corse Matin l’abbé Nicoli.

Plus au sud, c’était saint Érasme, le saint patron des pêcheurs et navigateurs corses, qui était célébré, ce même dimanche, dans les rues et dans la baie d’Ajaccio, la capitale de la Corse-du-Sud. Plusieurs centaines de fidèles étaient rassemblés en l’église Saint-Érasme.

Deux fêtes catholiques qui figurent parmi les grands rendez-vous liturgiques de l’île, au côté de la Madonuccia (Notre Dame de la Miséricorde), célébrée chaque année à Ajaccio à quelques jours du printemps. Les origines de cette tradition remontent à l’occupation génoise, alors que Gênes, touchée par une épidémie de peste, menaçait de répandre le fléau sur l’île par l’accostage de ses navires dans le golfe d’Ajaccio. D’autres célébrations, telles que les fêtes de Pâques de Cargèse, sont également un temps fort de la vie chrétienne corse, avec la messe dans l’église grecque de Saint-Spyridon, issue du rite byzantin, et celle de l’église latine de Saint-Antoine. Une communion des rites, ancienne et unique, transmise de génération en génération et à laquelle les Corses sont profondément attachés.

Une terre de caractère imprégnée par un « catholicisme populaire » (Patrick Buisson)

En Corse, 9 habitants sur 10 se déclarent catholiques (selon les chiffres communiqués par les autorités ecclésiastiques de l’île). On constate une ferveur religieuse singulière et très latine, dans cette île de Beauté « imprégnée par le catholicisme [et] la tradition chrétienne », notait Monseigneur François Bustillo, l'an dernier. L'évêque d’Ajaccio, qui est l’une des personnalités préférées des insulaires, est également très apprécié des Corses pour avoir impulsé la renaissance des confréries ainsi que celle des chants polyphoniques corses au sein de l’Église catholique de l’île. « L’effet Bustillo » aurait même encouragé les ordinations et les catéchumènes, qui se font plus nombreux auprès de la jeunesse corse.

Il existe, en Corse, « un lien charnel avec l’Église catholique qui va au-delà du dogme […] Le catholicisme est indissociable de l’identité corse », estime, pour sa part, Nicolas Battini, auteur du Sursaut corse, l'identité plutôt que l'indépendance (Éditions de l’Artilleur, 2024), que nous avons interrogé. Son ancrage culturel et historique est tel qu’« on le voit, y compris dans le positionnement des partis de gauche qui peinent à imposer une ligne laïcarde », renchérit celui qui est aussi le président-fondateur du parti autonomiste et identitaire Mossa Palatinu. Il évoque ainsi la fois où, le 8 décembre dernier, jour de la fête de l'Immaculée Conception, une dizaine de militants de Palatinu (l’association de défense de l’identité corse qu’il a fondée et qu’il dirige également) ont investi la mairie de Bastia pour y installer une crèche en dénonçant la « logique woke » de la municipalité autonomiste, également réputée pour être le bastion historique de la gauche sur l’île. Les propos d’Étienne Bastelica, élu municipal d’Ajaccio, étaient alors révélateurs pour un homme issu de la gauche républicaine et qui se revendique communiste : Bastelica n’y trouvait rien à redire et déclarait qu’il avait « d’ailleurs l’intention d’amener prochainement [ses] petits-enfants la voir, [car] ça leur fera plaisir. Franchement, il y a d’autres sujets plus importants en Corse », avait-il conclu. La République est laïque, certes, mais la Corse est attachée à ses racines chrétiennes et elle persiste… C'est aussi cela, le charme corse.

 

Anna Morel
Anna Morel
Journaliste stagiaire. Master en relations internationales.

Vos commentaires

6 commentaires

  1. Merci et bravo aux Corses qui ne se laissent pas imposer le reniement à leurs origines et à leur culture ! Nous, Français judéo-chrétiens du continent devrions en prendre exemple.

  2. Mes enfants y vivent j irai peut-être finir ma vie là bas. Dernier bastion encore assez calme. Pourvu que ça doure

  3. La Corse est une terre chrétienne et les corses ne laisseront personne détruire leurs édifices ou bûler leurs églises . C’est bien ce qui les différencient des français du continent .

  4. Vous oubliez le meilleur: les voies d’exécution. La maison d’un parvenu continental construite sans permis et en zone protégée ? Boum ! Boum ! rien que pour cela, je vénère les Corses.

  5. La corse est certes Chrétienne. Mais que dire de tous ces smartphones qui filment ? On ne doit pas filmer le sacré, seuls lors d’un mariage ou d’une communion et avec l’autorisation du prêtre, sont autoriser à le faire les photographes officiellement reconnus comme tels.

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