Editoriaux - Politique - 30 septembre 2019

Droites : l’avenir appartient souvent aux gens qui rêvent tôt !

Ces derniers jours ont été fertiles en événements qui donnent à réfléchir sur la droite, sur son avenir. La disparition de Jacques Chirac a d’abord été une occasion de revenir sur le passé, et sur l’évolution de cet homme politique finalement assez étrange.

Jacques Chirac, proche de Pompidou, avait soutenu Giscard contre Chaban, puis l’avait quitté pour fonder un parti qui semblait à la fois gaulliste et clairement de droite. Beaucoup de ceux qui l’avaient rejoint dès le début l’identifiaient ainsi. Chirac paraissait cultiver le souverainisme, le libéralisme économique et le souci identitaire. Il séduisait la droite conservatrice, libérale et patriote. Lorsqu’il fut enfin élu au poste suprême, il avait au contraire pris une coloration plus sociale, demeurait un gaulliste soucieux d’indépendance nationale, mais apparaissait de plus en plus comme un opportuniste manquant de convictions réelles. Ses cinq ans de cohabitation après une dissolution d’une rare stupidité et son élection de maréchal avec des voix de gauche, face à Jean-Marie Le Pen, ont encore davantage brouillé son image. On a découvert peu à peu un homme capable de saisir les occasions de se rendre sympathique, comme une Coupe du monde de football remportée par la France, mais peu enclin à réformer avec courage.

Certes, il apparaît aujourd’hui comme le « Président proche des Français », mais il est probable que ce talentueux utilisateur du contact direct et chaleureux l’était beaucoup moins que le bon peuple ne se l’imagine avec nostalgie, maintenant qu’il nous a quittés. Il n’en reste pas moins que son bilan pour la France est calamiteux dans la mesure où il n’a nullement compensé le déclin amorcé par la catastrophe mitterrandienne, et que la situation de la droite française est, en grande partie, son œuvre : le RPR a peu à peu perdu son identité pour n’être plus qu’une machine électorale intégrée à l’UMP, dépouillée du souverainisme et du conservatisme qui le spécifiaient. Le Rassemblement national a rempli le vide en se donnant une orientation nettement populiste et en attirant déjà de nombreux électeurs venus, eux, de la gauche.

Entre LR, dont on serait bien en peine de définir les convictions qui l’animent, et le RN, populiste, certes hostile au fédéralisme européen, mais peu libéral en économie, et assez peu conservateur sur les questions sociétales, une troisième droite s’est réunie samedi, à la Palmeraie. Il s’agit précisément de cette droite « libérale-conservatrice » qui a tant de mal à exister dans notre pays, ballotté entre le progressisme politiquement correct des salles de rédaction et les revendications sociales, voire corporatistes, de Français de plus en plus nombreux qui sont davantage préoccupés par leur situation personnelle que par l’avenir du pays. Les périphériques contre les métropolitains, ce n’est plus la lutte des classes en vue d’une révolution pour s’emparer du pouvoir dans le pays, c’est une fracture qui efface le pays lui-même.

Marion Maréchal a parfaitement situé cette « troisième droite » en lui faisant relever cinq défis, qui peuvent se résumer à un seul : défendre et redresser notre identité nationale. Maintenant, ce mouvement lancé par la Convention n’est pas un parti : il a, certes, une figure de proue, et quelques vedettes comme Éric Zemmour, le journaliste, ou Robert Ménard, l’élu de terrain, qui forment une belle affiche. Il ne fédérera pas les autres chapelles de la droite, attachées à leurs propres saints, mais peut espérer créer la surprise à l’élection présidentielle, à la manière de Macron. C’est pour l’instant un rêve, mais l’avenir appartient souvent aux gens qui rêvent tôt.

Pour ma part, j’ai rencontré Marion Maréchal la veille de la Convention. Cette femme est douée d’un grand charisme et jouera un rôle important dans notre pays. Le jour de la Convention – et c’est symbolique -, j’étais à Colombey, avec mes amis gaullistes du G21. Je continue à penser que la droite ne peut s’identifier avant tout qu’au patriotisme, c’est-à-dire à l’idée que la liberté économique et la conservation des valeurs sociétales n’ont de sens que pour assurer le bien commun du pays. Au-delà des interprétations idéologiques et des fissures provoquées par le drame algérien, c’est cela qui constitue le gaullisme, et qui devrait animer la droite.

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