Editoriaux - Internet - Politique - Table - 3 octobre 2017

Double assassinat à Marseille : les vrais responsables ne sont pas en bas de la chaîne

Deux jeunes filles de 20 ans vont être enterrées. Sur la photo où on les voit sourire, tête contre tête, comme des cousines qui se chérissent, on les reconnaît : ce sont nos filles, nos nièces, nos sœurs. En plus d’être mignonnes et enjouées, elles sont altruistes – comme le montre leur vocation respective de médecin et d’infirmière ou l’engagement de cheftaine de l’une d’entre elles. D’un milieu simple – le père de Laura est employé de La Poste à Vaux-en-Velin – elles sont – elles étaient – de petites Françaises ordinaires, tout bonnement. Le gendarme qui a dû annoncer le drame à la mère de Maurane n’a pas de mots pour en parler : “C’est impossible de décrire la détresse où elle se trouve.” ». Ce que l’on appelle une douleur indicible.

Ce qui est indicible, aussi, ou, en tout cas, ce que l’on ne veut pas dire, c’est le nom des responsables.

“Attaque au couteau : allez-vous être plus vigilants dans les lieux publics ?”, interrogeait juste après le drame et de façon assez baroque Le Parisien. Comme si, en faisant plus attention, les deux jeunes filles avaient pu éviter d’être assassinées. Et comment donc, on se gratte le menton, pourrions-nous être “plus vigilants” ? En équipant toute la famille d’un gilet pare-balles ? D’une combinaison de scaphandrier pour prévenir les coups de couteau intempestifs ? En rasant les murs pour ne tourner le dos à personne ?

Plutôt que de prier les Français d’être vigilants, ne devrait-on pas exiger des pouvoirs publics qu’ils cessent enfin d’être insouciants, inconséquents, inconscients ?

L’ancien magistrat Alain Marsaud demandait, il y a quelques heures sur CNews, que lumière soit faite, dans ce drame, sur les responsabilités des uns et des autres. Mais de qui parle-t-on ?

Faut-il incriminer les policiers, qui avaient, peut-être mollement, “envisagé la procédure de reconduite à la frontière” pour ce Tunisien en situation irrégulière arrêté pour vol 48 heures auparavant, sans finalement la lancer ? Le fonctionnaire qui, peut-être avec légèreté, avait fait savoir à ces derniers que le centre de rétention était saturé ? La “personne chargée de signer l’obligation de quitter le territoire” qui était injoignable – comment, à l’heure du téléphone portable, d’Internet et des réseaux sociaux, le mot « injoignable » figure-t-il encore dans le dictionnaire ? – quand on avait voulu la solliciter ?

Ou tous ceux-là, et d’autres encore en bas de la chaîne, ne sont-ils que de pratiques fusibles que l’on fera sauter le cas échéant… quand leur apparente procrastination n’est que le reflet de leur découragement, du sentiment qu’ils ne peuvent rien, à leur échelon, contre l’impéritie du pouvoir politique, et que tout ce qu’ils pourront tenter pour juguler l’immigration clandestine et expulser les délinquants, tout ce qu’ils ont déjà tenté depuis qu’ils sont à leur poste, s’apparente, en l’absence, en haut lieu, de volonté d’agir, au rocher de Sisyphe ?

À lire aussi

Voile à l’EHPAD : à Vesoul, on perd la boule !

Nos lois sont, en réalité, schizophrènes... …