DGFiP piratée : l’État plate-forme face à ses failles et ses obligations

Malgré ses milliers d’informaticiens, le fisc vient de subir plusieurs intrusions en quelques semaines.
Image générée par l'IA
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Cinq mille quatre-vingt-un. C’est le nombre d’agents des équipes informatiques de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Pour mesurer cette force de frappe, un comparatif suffit : Spotify comptait 7.323 salariés dans le monde, fin 2025. L’informatique du fisc équivaut donc à près de 70 % des effectifs mondiaux du géant du streaming. Et pourtant, les hackers sont entrés. Après le vol de données fiscales concernant plusieurs centaines de milliers de personnes, la DGFiP a reconnu deux autres intrusions visant ses fichiers cadastraux et le portail des successions vacantes. Le nombre de comptes cadastraux concernés atteint désormais 1,8 million.

Le fisc, un coffre-fort numérique géant

La DGFiP n’est plus seulement l’administration qui collecte l’impôt. Son système d’information concentre revenus, coordonnées, informations fiscales et patrimoniales, mais aussi données cadastrales et successorales. Cette concentration en fait une cible de choix. Et Bercy n’est pas seul : France Travail, l’ANTS et l’Éducation nationale ont elles aussi connu d'importantes « compromissions » – on nomme ainsi, en informatique, les fuites de données et les piratages. En 2025, la CNIL a reçu 6.167 notifications de violations de données personnelles, dont la moitié résultaient d’un piratage.

Pour Maël Camerlynck, ingénieur en IA et conseiller municipal Debout la France de Roubaix interrogé par BV, le problème tient aussi à la priorité accordée à la cybersécurité : « En matière de cybersécurité, cela n’a, selon moi, pas été pris au sérieux. Ce n'était pas un axe de priorité, et on le voit aujourd’hui. »

Le hacker met en cause la sécurité de la DGFiP

Interrogé par BFM TV, le hacker ayant revendiqué l’attaque a affirmé que le site de la DGFiP était mal sécurisé. Une accusation qui devra être confrontée aux constatations techniques de l’administration et des experts. Car les 5.081 informaticiens du fisc ne sont évidemment pas tous des spécialistes de la cybersécurité.

L’enjeu ne réside pas seulement dans le vol d’un fichier mais dans la possibilité de croiser les informations dérobées. « L'intérêt des hackers, c’est de faire correspondre toutes ces données-là, de les "merger" [croiser, NDLR] [...] Vous vous retrouvez alors avec un individu dont vous connaissez quasiment toute la vie », explique Maël Camerlynck. Une donnée fiscale prend une autre valeur lorsqu’elle est rapprochée d’une adresse, d’un bien immobilier ou d’une information issue d’une autre base.

Macron voulait un « État plate-forme »

Cette concentration des données renvoie à la transformation numérique voulue par Emmanuel Macron. En juin 2017, lors de VivaTech, le Président déclarait : « Nous devons construire un État plate-forme », avec l’ambition de « numériser l’ensemble des procédures » de l’État d’ici 2022. Neuf ans plus tard, la promesse est largement devenue réalité. Impôts, cadastre, comptes bancaires, successions, emploi, éducation : l’administration concentre désormais des quantités considérables de données numériques.

La question n’est donc pas de contester la numérisation mais de savoir si leur protection a progressé au même rythme. Plus l’État devient une plate-forme, plus sa sécurité devient une question régalienne.

Qui paie lorsque l’État perd nos données ?

Le problème devient aussi juridique. Les Français ne choisissent pas toujours de transmettre leurs informations à l’administration : pour déclarer leurs revenus ou leur patrimoine, ils y sont contraints.

Le RGPD prévoit qu’une violation présentant un risque doit être notifiée à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, dans les 72 heures après que le responsable du traitement en a connaissance. Il faudra donc connaître les dates de découverte des intrusions et de leur notification au régulateur. Au-delà de cette obligation, une question demeure : que doit l’État aux citoyens lorsqu’il leur demande de confier toujours davantage de données à ses serveurs ? Maël Camerlynck avance une piste : « On a des audits réguliers à effectuer dans toutes les administrations, dans tous les ministères. »

Macron voulait un « État plate-forme ». Il l’a obtenu. Reste désormais à savoir si la France saura construire un État coffre-fort. Lorsque l’État connaît nos revenus, notre patrimoine et une part croissante de notre vie administrative, leur protection n’est plus une simple affaire informatique. Elle devient une question de souveraineté.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

98 commentaires

  1. Macron , voulant cet Etat Plate-Forme , n’a pas compris qu’il prenait le risque de nous rendre esclave de l’Etat qui sait désormais tout sur nous . Ou peut être le voulait il ainsi afin de mieux nous soumettre ?
    Maintenant , va-t-on considérer que l’Etat n’est as responsable des conséquences de ces vols de données , qu’il est juste victime de ces vols répétés.
    Il y a assez d’incompétents au gouvernement pour défendre cette idée qui relève du banditisme.

  2. Après 10 ans de Macronie ou plutôt 10 ans de malheurs pour ce pays est ce qu’il y a encore quelque chose qui marche ??

    • Les malheurs de la France ont commencer il y a 40ans , depuis c’est une logue descente aux fond du trou , il est a espérer que Macron soit le dernier des fossoyeurs.

  3. Comment se fait-il que les industriels de l’armement, dont les données circulent en France pour les besoins de fonctionnement des entreprises, ne semblent pas concernées par des fuites. Pourtant, je pense que leurs données doivent intéresser beaucoup de pays.

    • Ils ont certains pris les mesures adéquat pour les protégés correctement , que ce soit les fichiers et les serveurs qui ne sont certainement pas a l’étranger , de même ils n’utilisent pas le cloud qui est une porte ouvert a tout les vols de donnée ; rien ne vaut un stockage de ses fichiers personnel , sur disques dur et supports blue-ray / DvD chez soit .

    • Simplement, chez Thales ou Safran .
      Les procédures pour accéder aux données informatiques internes sont plus sécurisées .

  4. Je vais ,hélas, une fois de plus être très pessimiste. Vous pourrez mettre sur pied n’importe quelle brigade de cybersécurité….Vous n’ obtiendrez que peu de choses. En réalité, toutes nos institutions, administrations, ( police, armée, fisc, système judiciaire et pénitentiaire? etc) sont infiltrées, gangrénées par des employés qui seront corrompus pour quelques avantages, ou bien menacés, ou alors motivés par une réelle détestation de notre Nation. Le bateau sombre. Sortez les canots de sauvetage, pour créer quelques îlots d’ autochtones…. Bien à vous

    • Oui, souvent le ver est dans le fruit, invisible mais agissant de l’intérieur pour pourrir le fruit.

  5. La cyber sécurité est à l’administration ce que la sécurité est au Louvre. Mais pas d’inquiétudes pour les responsables qui s’excusent mais restent à leur place. C’est macron qui le dit, alors….« Que chacun reste chez soi et les moutons seront bien gardés ». Pauvre France.

  6. En matière de sécurité informatique l’état devrait montrer l’exemple mais là comme ailleurs c’estle naufrage .

    • Il ne sait déjà pas protéger les Français des hordes qui nous envahissent, alors le reste va avec en fait

  7. Ça doit pas être simple non plus pour le fisc de passer d’un statut de pirate à celui de piraté. Car s’il a bien une organisation qui fouille dans toute votre vie privée afin d’y découvrir de quoi vous plumer, c’est bien l’État.

  8. Sanctions
    Si vous arrivez à prouver après plusieurs mois ou années que vous avez subi un dommage consécutif à l’un de ces piratages, vous obtiendrez la condamnation de l’état et éventuellement un dédomagement qu’avec l’ensemble des contribuables vous paierez. C’est l’auto-indemnisation, et les vrais responsables ne seront non seulement jamais condamnés mais seront souvent récompensés à vos frais.

    • IL faudrait faire un collectif, déjà se faire pirater ses données, et pas que sur un site en plus, ça devient dangereux pour la sécurité de nos données et faire condamner l’état mais serpent qui se mord la queue, ils vont augmenter les impôts pour indemniser les gens qui auront été floués !!! Il faut faire payer tous ces incapables de ministres et fonctionnaires, sur leurs deniers, leur faire vendre leur baraque, c’est ce qu’ils voulaient faire d’ailleurs aux non vaccinés à une époque il me semble

  9. De deux choses l’une : ou les responsables de la sécurité informatique sont incompétents, ou ils sont complices. Et peu importe, au final : dans un cas comme dans l’autre, il faut les virer au plus vite !

  10. L’état macroniste a mis en place un système géré par des amateurs incompétents.
    Il n’y a pas que les fuites ou « hacking » mais aussi les dons de données faites par des administrations qui n’en ont absolument pas droit. La commission européenne a donné toutes les données médicales des européens à microsoft.

  11. Rassurons nous, l’arcom fonctionne parfaitement pour filtrer toute l’information, elle est toute puissante, finalement, et si cette histoire de hacker n’était tous simplement que de la flûte ,avec ce qui nous gouverne et tous les coups tordus qu’ils nous font subir depuis au moins 15 ans, je ne peux imaginer qu’ils n’étaient pas informés d’une éventuelle infiltration

    • Excellente analyse de la volonté de ceux qui nous gouvernent : vendre le pays pour l’Euro symbolique à tout pirate et tout pilleur intérieur ou à la solde de l’étranger. Il s’agit effectivement d’une stratégie volontaire mal cachée par des explications bidons où le cynisme se dispute la fausse naïveté des responsables non coupables. Malheureusement rien à attendre du français maso et cocu biberonné à tant d’idéologies délétères distillées depuis si longtemps! Et que dire du grand timonier qui poursuit son œuvre et reviendra probablement l’achever à terme.

  12. Et maintenant les entreprises doivent se plier à la facturation numérique au 1/09, entrepreneurs, grands ou petits, levez-vous et refusez ce nouveau champ numérique qui va ouvrir les portes de vos entreprises au monde entier. Je suis étonné que personne ne se soit exprimé sur ce sujet et le lien à faire avec ce piratage de la DGFIP. Quant au reste tout a été dit.

  13. Ce n’est pas comme si l’état, le même qui s’est fait pirater, n’avait pas rédigé des textes reglementaires sur la protection des données sensibles edictant des mesures tres contraignantes.

  14. Nous voilà avec l’APOTHEOSE de l’incompétence macronienne
    un hacker de 15 ans ! qui nargue l’Etat et des consequences dramatiques sur nos vies, que personne ne mesure encore .SUBIR toujours et se faire dépecer »

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