Et si, pour la France, le cauchemar djihadiste ne faisait que commencer ? L’assassinat de six travailleurs humanitaires dans la réserve naturelle de Kouré, prétendument sûre, à 60 km à l’est de Niamey, capitale du Niger, nous enseigne – si nous ne le savions déjà, au vu même des attentats meurtriers commis dans l’Hexagone depuis 2012 – qu’il n’existe pas de sanctuaire contre le terrorisme islamiste.

À plus forte raison lorsque la zone à contrôler du (, Niger, Burkina Faso, Mauritanie, Tchad) s’étend sur un territoire de 5.097.338 km2 ; soit plus de 9 fois la superficie de la France métropolitaine ! Un milieu physique généralement plat, monotone, aux inselbergs granitiques isolés, plateaux et cuestas au sud. Sous des températures aux moyennes annuelles de 30 °C.

À l’épreuve de l’expérience, le dispositif s’est renforcé : 3.000 soldats en 2014 ; 5.100 aujourd’hui. Des effectifs augmentés de 70 % en six ans. Un effort énorme, tout de même, au vu des moyens limités de projection de nos troupes, par ailleurs engagées sur d’autres OPEX ou dans des missions de protection du territoire national : plus de 30.000 militaires directement déployés, soit 11,1 %, sur un total de 270.000 militaires et civils des forces armées.

Dans un entretien au Monde de juillet 2019, le chef d’état-major des armées François Lecointre rappelait que « l’indicateur de réussite n’est pas le nombre de djihadistes tués » mais la capacité à priver l’ennemi de sa liberté de mouvement, tout en rendant plus réactives et autonomes les forces locales.

L’attaque contre les humanitaires d’ACTED démontre, tragiquement, l’impossibilité de tenir le terrain, avec des troupes insuffisantes, exogènes, et un matériel en souffrance, malgré des capacités technologiques – 3 drones Reaper, etc. – supérieures à celles de l’ennemi. En outre, les troupes du G5 Sahel sont dans l’incapacité humaine et matérielle d’assurer un relais rapide des Français. Peut-être même un relais tout court, en raison des antagonismes ethniques, culturels et économiques ancestraux séparant nomades et sédentaires, Maures, Touaregs, Peuls, Bambaras, etc., qu’elles répercutent. Ces armées, abusivement désignées comme « nationales », restent de l’ordre milicien et de la défense du groupe au pouvoir.

Les autres forces alliées en soutien de Barkhane (Royaume-Uni, Estonie, etc.) assurent un minimum logistique et la surveillance sur site. Mais les morts européens sont français : 48 tués au 2 août 2020, depuis 2013. Un signe qui ne trompe ni sur l’engagement décisionnel, ni sur la compréhension par la France de l’enjeu vital que représente ce conflit pour notre propre continent. Seule en pointe obligée dans la lutte, elle est aussi, fatalement, l’objet de toutes les haines sahéliennes.

Les coups portés aux groupes « terroristes » par nos soldats ont logiquement favorisé leur dispersion et leur dissémination géographique. Leur faculté de frapper n’importe qui, n’importe où, affaiblit aussi la France, accusée d’impuissance et d’ingérence partisane. Ainsi, à Bamako, l’imam salafiste Mahmoud Dicko en profite pour attiser la colère sociale et le pouvoir prévaricateur vacille.

L’enjeu est crucial pour nous, qui comptons déjà officiellement 80.000 Maliens sur notre sol. Les pays du G5 Sahel vont passer de 83,7 millions d’habitants, en 2019, dont environ 50 % de moins de 15 ans, à 196 millions, en 2050. Si la déstabilisation régionale n’est pas endiguée, guerres, famines, épidémies ou l’instauration d’un émirat islamique produiront une vague migratoire sans précédent vers l’Europe.

Dans l’épreuve de la guerre révolutionnaire, le colonel Trinquier demandait à ses cadres « une connaissance profonde du pays et des gens ». C’est toute une stratégie de conquête des âmes et des cœurs qu’il nous faut mettre en place… pour vaincre et durer.

17 août 2020

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