est mort. C’était un hussard et un ami.

Pas l’un de ces hussards flamboyants, ostensibles, un zeste « ramenards », mais un authentique hussard par son intelligence non dogmatique, sa liberté, son imprévisibilité, sa passion du compagnonnage, son amour de la France et sa détestation des clans et des chapelles. Un hussard qui, à bride élégante et sincère, quand il écrivait ou parlait, s’efforçait à la justesse et à la . Mais en acceptant profondément celle de l’autre pour compléter la sienne, pour l’enrichir. Ses batailles étaient celles de l’esprit, même s’il admirait les personnalités de notre Histoire qui avaient, par le verbe et par l’épée, laissé une trace inoubliable dans nos esprits, dans nos mémoires et notre culture. On n’était pas obligé de partager toutes ses dilections politiques et l’ensemble de ses fraternités corréziennes, mais il n’empêche qu’il était un hussard courageux, volant au secours des faibles, se portant à la rescousse des causes sacrifiées parce que trop belles, trop peu modernes, à la fois discret et en première ligne, un hussard comme je les aime.
Un hussard et un ami.

Certes, je n’aurais pas la prétention, n’étant pas, de loin pas, dans ses proches, le plus proche, tant d’autres bénéficiaient de la faveur de son amitié, de cette tendresse bourrue avec laquelle il savait marquer, sans la moindre équivoque, qui lui plaisait, qui lui déplaisait.

Je me souviens, cependant, de rencontres, d’instants où, avec délicatesse, il exprimait ce qu’il ressentait, notamment quand il m’avait remercié parce que, dans un tweet, j’avais pourfendu une lamentable et injuste critique de l’un de ses livres, allant même jusqu’à lui reprocher ce qui était son point fort : son style remarquable, limpide, sans lourdeur, tout de grâce française. Nous n’étions pas d’accord sur tout – notamment sur sa vision très négative de la Justice -, mais débattre avec lui était un bonheur quand s’accorder avec d’autres n’était même pas une aubaine.

Rien de vulgaire, chez lui. La grandeur et l’élégance de cette France des racines, des provinces et des sources avec, en même temps, cette appétence pour ce que Paris avait de meilleur et qui le situait aux antipodes du parisianisme et lui mettait des fourmis dans la tête, dans les jambes et dans l’esprit, happé par l’impatience de rejoindre sa chère Corrèze.

Je me souviens quand il m’a fait le plaisir et l’honneur de se « soumettre » à mon questionnement, préoccupé seulement par l’intégrité et l’honnêteté de ce qu’il avait à exprimer, à me répondre.

Denis Tillinac était un hussard et un ami. Là où il passait avec ses émotions, ses idées, ses répliques, sa verve, sa fidélité, mais non empesée, aux traditions et au chant de la France, rien ne demeurait comme avant. Il était trop bon, trop remarquable : il parlait, il écrivait pour beaucoup d’entre nous, à la place d’une majorité silencieuse qu’il respectait et qu’il n’avait jamais eu le front de qualifier de populiste.

Denis Tillinac est mort.

Il va manquer à la France, à l’intelligence, à la liberté et à l’humain.

Extrait de : Justice au Singulier

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