L’Opéra de Paris est au cœur d’une nouvelle polémique racialiste. À l’origine de ces débats : un manifeste pointant l’absence de diversité sur scène. Sept métis (quatre danseurs, un chef de projet de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris et deux barytons des chœurs) ont déposé, à la fin de l’été, leur requête intitulée « De la question raciale à l’Opéra national de Paris » sur le bureau du nouveau directeur Alexander Neef.

Parmi les pratiques stigmatisantes dénoncées : devoir se blanchir la peau pour certains spectacles, apporter son maquillage car rien n’est prévu pour les peaux mates, devoir impérativement se lisser les cheveux afin de satisfaire à l’obligation du chignon ou accepter de porter des collants couleur chair mais rendant leurs jambes grises. Ils fustigent également le « blackface » pour les personnages noirs ou le « yellowface » pour les Asiatiques, qu’ils qualifient de pratiques « destinées à exagérer et tourner en dérision, avec condescendance, les traits des individus racisés », lit-on dans M, le magazine du Monde.

Les auteurs de ce manifeste déclarent que la mort de George Floyd et l’affirmation des ont inspiré leur démarche. Mathieu Bock-Côté y lit un mimétisme des manies nord-américaines. « Le racialisme, encore une fois, pousse des hommes à s’identifier de manière fantasmatique à d’autres, sur un continent lointain, dans un pays étranger, sur la seule base de la couleur de peau », écrit le sociologue dans une chronique du Figaro, le 30 décembre.

Seuls 20 % des salariés ont signé ce manifeste. Pour autant, le nouveau directeur se déclare « très heureux de cette démarche » et a assuré à ses équipes qu’il était « particulièrement sensible » aux questions de représentation de la diversité et de lutte contre les discriminations. Pour ce faire, il a déjà lancé une mission sur ce sujet. Deux commissaires sont nommés : Constance Rivière, secrétaire générale du Défenseur des droits, et Pap Ndiaye, professeur des universités à Sciences Po, normalien, spécialiste d’histoire sociale des États-Unis et des minorités.

Derrière ce dossier se cache, en réalité, un combat plus profond mené par l’association Décoloniser les arts, qui entend bien faire inscrire dans la loi la reconnaissance du harcèlement racial. Parmi les pistes évoquées : une réflexion sur le « ballet blanc », une diversification des publics et des mécènes et « plus généralement des usages qui ont pu s’installer au sein de la maison et des situations ressenties comme des micro-agressions par les personnes issues de la diversité ». Et certaines appellations telles que le « carré des négresses », situé au Palais Garnier, ou la « danse des négrillons », dans le ballet La Bayadère, seront vraisemblablement rebaptisées. Un politiquement correct que dénonce Isabelle Barbéris, maître de conférences en arts de la scène dans Le Figaro : « Les directions de prestige des Conservatoires nationaux comme de l’Opéra sont désormais formatées par cette idéologie du ressentiment, avec à leur tête des militants qui font passer au forceps leur propagande inclusiviste. »

Alexander Neef a beau démentir la disparition de certaines œuvres, le processus est déjà lancé. C’est ce que constate Isabelle Barberis : « L’appauvrissement du répertoire est en fait en cours depuis des années. Le déconstructionnisme ambiant a réduit comme une peau de chagrin le nombre d’œuvres jouées, au profit de mises en scène et de relectures prétendument “dépoussiérantes”… en fait, bien souvent poussives et dogmatiques. »

31 décembre 2020

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