Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - Table - 20 juin 2017

“Pas de défaut de légalité dans cette élection, mais un gros problème de légitimité…”

Pour Guillaume Bernard, le phénomène de désaffection des électeurs, alors même qu’il y avait un nouveau parti, est le signe que cette grande coalition, idéologiquement fragile, pourrait ne pas durer aussi longtemps qu’on l’imagine. Sauf si, bien sûr, les opposants se montraient incapables de se réorganiser.

Ce second tour des législatives a d’abord montré une abstention record, plus forte encore qu’au premier tour. Comment la comprendre ?

Il y a effectivement eu une abstention extrêmement développée. Elle a été plus de dix points supérieure par rapport au premier tour. En règle générale, c’est deux ou trois points en plus ou en moins, plus souvent en moins, d’ailleurs, car les camps qui ont été déçus au premier se démobilisent.

À ce second tour des législatives, nous avons connu plus de vingt-cinq points de différence par rapport à l’abstention des années 1980–90. Il y a une désaffection des électeurs pour la classe politique alors même que nous avions un nouveau parti et un nouveau courant.

On peut donc noter que, s’il n’y a bien sûr pas de défaut de légalité de l’élection, il y a en revanche un problème de légitimité. La représentativité de l’Assemblée nationale pose problème. Cette grande coalition est idéologiquement fragile. On peut évidemment penser qu’elle pourrait ne pas forcément durer aussi longtemps qu’on l’imagine, sauf à ce que les opposants ne soient pas, eux, capables de se réorganiser. Elle pourrait alors durer par défaut de combattants.

Les Républicains ont finalement eu plus d’élus que ce qu’on pouvait penser au soir du premier tour. Cela peut-il retarder ou, au contraire, accélérer une recomposition de la droite que vous appelez de vos vœux ?

Ça pourrait conduire à ce qu’il y ait une scission. Dans le fond, il y a déjà une véritable scission interne quant aux positions stratégiques et idéologiques. D’un côté, il est certain qu’il y a toute une partie des élus LR libéraux qui n’attend que de collaborer avec la grande coalition macroniste. De l’autre côté, il y a quand même une autre partie des élus qui s’affichent, s’affirment et se sentent de droite. Ils n’ont pas du tout l’intention de collaborer.

Comment analyser, par ailleurs, les résultats du Front national ?

Il a eu un certain nombre d’élus. Pas suffisamment pour avoir un groupe parlementaire. C’est une nouvelle contre-performance. Le premier tour a été très difficile pour le Front national. Le Front national a obtenu moins de voix au premier tour des législatives de 2017 qu’à celui de 2012.

En revanche, au second tour, il avait plus de candidats. Il y en avait une soixantaine en 2012, il en a eu environ 120. Ces 120 candidats ont réalisé des scores assez élevés, assez importants. Cela a permis à un certain nombre d’entre eux de gagner dans un mode de scrutin majoritaire à deux tours et sans qu’il y ait de triangulaires. C’est le signe que le plafond de verre s’effrite quand même quelque peu. Il ne s’effrite certes que légèrement, mais il s’effrite tout de même.

Cela dit, il est bien certain qu’il y a un risque pour ce Front national de ne pas comprendre quelles sont les raisons de fond de son échec à la présidentielle et de cette contre-performance aux législatives. Il pourrait ne pas comprendre que son électorat naturel, celui qu’il devrait chercher à capter, est celui de la droite modérée, qui a été déboussolé. Il est aujourd’hui en quête de valeurs et d’un courant politique qui incarnerait ces valeurs ontologiques de la droite.

Il est bien certain que la recomposition de la droite ne pourra vraisemblablement se faire que s’il y a une convergence. Elle ne sera possible que si des gens des deux bords, de la droite modérée et du Front national, se rejoignent pour constituer une droite alternative qui s’affiche sur des valeurs propres à cette droite nationale et conservatrice.

À l’issue de ce second tour, on parle moins du Parti socialiste, qui semble avoir quasiment disparu. La France insoumise semble avoir plus de députés. Où en est la gauche à l’issue de ces élections ?

Vous me pardonnerez de défendre les positions que j’ai toujours défendues, à savoir l’idée du mouvement dextrogyre.

Il est très clair que le libéralisme est en train de glisser de la droite du spectre politique vers la gauche. C’est la grande coalition macroniste qui est à cheval sur la droite et la gauche modérées. La gauche est en train de disparaître. Le Parti socialiste a été siphonné des deux côtés. Quant à La France insoumise, il faut bien se rendre compte que ce courant-là ne redéveloppe pas les idées socialistes. Il n’y a pas de progression idéologique.

En revanche, il est très intéressant de regarder la carte. On s’aperçoit que la carte de l’essentiel des élus de La France insoumise est la manifestation de l’islamo-gauchisme. Il faut y faire très attention.

C’est tout de même extravagant qu’avec deux fois moins de voix au second tour, La France insoumise obtienne deux fois plus d’élus que le Front national. Le Parti communiste réussit même la gageure d’avoir encore dix élus avec 200.000 voix. Le Front national a huit élus avec 1.900.000 voix alors que le Parti communiste a dix élus avec 200.000 voix. On voit là l’effet déformant du découpage des circonscriptions et du mode de scrutin majoritaire à deux tours.

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