Cuba au plus bas

Après soixante‑sept ans de régime castriste, Cuba tente de survivre dans la misère et la désolation.
Photo de Yasiel Scull: https://www.pexels.com
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Après soixante‑sept ans de régime castriste, le constat est sans appel : pauvreté ou misère généralisée, répression constante et libertés publiques inexistantes, exode massif. Une situation déjà dramatique, mais qui s’est aggravée depuis janvier 2026.

L’interdiction totale imposée par Donald Trump sur les livraisons de pétrole à destination de l’île a frappé de plein fouet ses dix millions d’habitants. Un seul pétrolier russe a réussi à accoster ; insuffisant pour empêcher l’économie de s’effondrer. Le pays tourne au ralenti, ou plutôt ne tourne plus du tout. Les employés de l’État ont été sommés de rester chez eux. À La Havane (deux millions d’habitants), la circulation ressemble désormais à celle d’une bourgade française de dix mille âmes.

Quelques industries d’État reçoivent encore un peu de carburant, puisé sur les réserves, en partie siphonné et revendu au marché noir, seul moyen pour la population d’en obtenir. Le litre d’essence coûte désormais 10 euros !

Disette et système de santé en ruine

Le système national de rationnement - la libretta -, déjà moribond, s’est écroulé. Les bodegas (magasins de l'État) sont vides. L’ancienne fierté du régime - son système de santé - n’est plus qu’un souvenir : pharmacies désertes, hôpitaux sans seringues, sans compresses, sans médicaments. Les rares traitements s’achètent cher dans la rue, faute de pharmacies privées, toujours interdites. Des épidémies apparaissent.

Privée de carburant, la collecte des ordures a cessé depuis des mois. Les déchets s’entassent au coin des rues. Chaque matin, de pauvres hères fouillent les poubelles pour trouver de quoi manger ou revendre quelques objets. On a vu des hommes récupérer à mains nues des pâtes dans un sac‑poubelle, les verser dans une boîte de conserve vide et les avaler sur place : une triste scène qui illustre la disette qui ravage l’île.

Apagones et pénuries d'eau

Ce que tous les Cubains redoutent, ce sont les apagones : des coupures d’électricité pouvant durer vingt heures sur vingt‑quatre dans les provinces. Par deux fois, déjà, le système a sauté avec des black-out à l’échelle du pays. Impossible de conserver la moindre nourriture, de faire fonctionner un réfrigérateur ou même un ventilateur dans une chaleur tropicale. Dans de nombreux quartiers de la capitale, l’eau ne coule plus depuis des semaines, faute d’électricité pour alimenter les pompes. Les habitants doivent acheter l’eau — une première, à Cuba — et monter des jerricans à pied dans les immeubles. Quand elle arrive, l’eau du robinet n’est de toute façon pas considérée comme potable.

Salaires dérisoires

Comment un pays peut‑il survivre sans carburant, sans industrie et sans agriculture, sauf de subsistance? Chacun tente de s’en sortir avec un petit travail informel qui rapporte quelques cents - cents, pas euros - par jour. Le salaire moyen varie entre trois et trente euros par mois au taux parallèle qui détermine le prix de la plupart des biens. Un jeune médecin ne gagne même pas un euro quotidien ! Dès qu’ils ont terminé leur travail au service de l’État après leurs études, de nombreux spécialistes — médecins, ingénieurs — quittent leur profession pour devenir serveurs ou petits commerçants.

Touristes volatilisés

Hôtels et locations chez l’habitant sont désespérément vides. Le tourisme, dernière source de devises du pays, s’est volatilisé. Deux compagnies européennes, seulement, desservent encore l’île à partir de l’Europe. Air France vient d’abandonner sa liaison quotidienne, faute de kérosène au retour et de passagers. Les rares visiteurs qui s’aventurent dans la Vieille Havane sont assaillis de sollicitations incessantes.

La grande majorité des Cubains accusent ouvertement leur gouvernement de cette situation. Ils souhaitent un changement profond pour sortir de cette misère sans horizon. Pour beaucoup, la seule issue reste l’exil : depuis les manifestations de 2021, les restrictions à l’émigration ont disparu, entre un et deux millions de personnes ont quitté l’île — souvent les plus qualifiées, les plus débrouillardes.

État policier

Signe de mécontentement, il y a bien quelques concerts de casseroles, la nuit, parfois un slogan hostile peint sur un mur avant d’être rapidement effacé. Mais la population n’a pas oublié la répression des manifestations de 2021 et vit dans la peur. Les critiques ne s’expriment qu’au sein d’un cercle familial restreint, la dénonciation restant une menace permanente. Pour l’instant, l’État policier tient. La pratique religieuse, en pleine expansion dans un des deux derniers pays communistes au monde (avec la Corée du Nord), constitue un refuge spirituel et le seul espace public de liberté. D’émouvantes processions de rue se sont déroulées, le Vendredi saint, un peu partout dans le pays, et le dimanche de Pâques, la cathédrale de La Havane était pleine pour la messe de la Résurrection.

Espoir Trump déçu

Après l’enlèvement du président Maduro au Venezuela, beaucoup ont espéré une intervention américaine. Avec la guerre en Iran et le temps qui passe, cet espoir s’est dissipé. Cuba est à bout de souffle. Une Cubaine résume le sentiment général : « Je veux vivre dans un pays où on n'a pas faim et où il y a de l'électricité. » Un peuple entier lutte pour survivre, jour après jour. Jusqu’à quand ?

Vos commentaires

48 commentaires

  1. Il faut leur envoyer Ségolène Royal. Elle n’était pas loin d’en faire un paradis il y a quelques années.

  2. Pourquoi un blocus pétrolier? Je ne comprends pas cette décision de Trump. Même si un régime voisin déplaît, on ne s’en prends pas à toute la population. Je n’aime pas le totalitarisme informationnel de la Belgique, mais ne condamne pas l’ensemble du peuple belge lui même victime de ce totalitarisme.

  3. Après 67 années d’étranglement économique par les USA : vous avez oublié? A propos, Cuba, avant Castro, c’est le grand bordel de l’Amérique, le siège des mafias du jeu, du blanchiment d’argent, de la drogue : c’est ça que vous voulez voir revenir avec Rubio et ses complices?

  4. De mon temps il y avait un viel adage qui disait :
     » Si à 20 ans tu n’es pas socialiste c’est que tu n’as pas de coeur, mais si à 25 ans tu es toujours socialiste c’est que définitivement tu n’as pas de cervelle « 

  5. C’est exactement le même avenir que Mélenchon, castriste aux petits pieds, veut pour la France. Ses modèle ? : Cuba, le Venezuela, la Chine, le Cambodge de Pol Pot, la Corée du Nord… Que des grandes démocraties.

  6. Ce pays manque de tout mais, nulle part dans cet article, on ne dit ce qui en est la cause. S’il n’est pas question de nier les responsabilités du pouvoir totalitaire qui sévit à Cuba depuis le début des années 60, on ne peut ignorer que la situation actuelle est le résultat de dizaines d’années de blocus économique. Cuba fait partie de ces pays dont l’hégémon américain déplore la maltraitance subie par des populations soumises à un pouvoir dictatorial. Sensible au triste sort de ces populations, les USA ne peuvent s’empêcher d’intervenir pour leur venir en aide. Pour ça, ils procèdent selon leurs habitudes qui consiste à d’abord affamer les gens et à les priver de tout avant de passer à l’étape suivante. Vient ensuite la destruction des infrastructures du pays sous un tapis de bombes qui n’épargne évidemment pas ces milliers de civils devenus des « dégâts collatéraux ». Et, enfin, ils offrent à un gentil opposant du pouvoir renversé de s’installer à la tête du pays. Alors, bien sûr, tout n’est pas parfait. Le « gentil opposant » choisi peut, parfois, être un ancien chef d’organisation terroriste. Mais dans un costume bien coupé qui remplace le treillis et le turban, ça ne se voit plus. Et puis, il y a ces pays bombardés qui s’obstinent à ne pas vouloir comprendre qu’ils sont vaincus. Alors là, le libérateur des populations opprimées, peut aller jusqu’à envisager de leur rendre la liberté en annonçant qu’une « civilisation entière va mourir ». N’est-il pas touchant de voir jusqu’où il est possible d’aller pour faire le bien de gens qui ne vous ont rien demandé?

  7. L’attitude des américains n’est sans doute pas non plus étrangère au coulage de l’économie cubaine.
    Plus de pétrole: n’est-ce pas ce qui nous attends avec le conflit entre les états Unis Israël et l’Iran.

  8. Ils ont voulu le communisme, ils l’ont. Je ne pleure pas sur leur sort. C’est comme nous à un moindre degré avec Macron.

  9. Les effets pervers du marxisme, certainement. Mais c’est plutôt l’embargo, pas seulement de pétrole, qui étrangle Cuba. Comme il a étranglé la Syrie de Bachar, et bien d’autres pays. Ce n’est tout de même pas sans poser de profondes questions, notamment morales, et sur la violence unilatérale des USA.

  10. Ben oui, normal, la dictature communiste a toujours amené la désolation.
    Quelle tristesse, quand on pense au paradis qu’aurait pu être Cuba…

  11. Autant le passé marxiste violent de Cuba est condamnable, autant la situation actuelle de l’île n’est pas entièrement imputable à ses dirigeants. Cuba ne représente plus un danger d’agression ou de contamination politique . Pourquoi donc les EU continuent d’imposer un blocus à cette ile. Qu’on la laisse vivre en paix selon ses propres habitudes. Du temps de Battista ce n’était pas mieux. L’insolente richesse qui y régnait n’était pas mieux.la Pax Americana n’est pas une solution.

  12. Aucune surprise ! On sait que le collectivisme (fortement soutenu par les gauchistes de tous bords génère OBLIGATOIREMENT la pauvreté. La Russie s’en est sortie à temps. La Chine, tout en étant officiellement communiste, a du redécouvrir les vertus du capitalisme, seul capable de générer la richesse et la disparition de la misère générale.

  13. Le blocus de ces malheureux est une honte de plus a mettre au lourd passif des administrations americaines … Depuis la guerre de secession c’est la seule arme que semble maitriser les americains . Il eut mieux valu un debarquement pour liberer ce beau pays qu’aller se ridiculiser dans le golfe persique au risque de detruire l’economie des pays developpes de l’hemisphere nord .

  14. Après Madagascar , le Vièt-Nâm et tant d’autres pays qui ont des tas de richesses naturelles et humaines et ont été condamnés à la misère et à la dictature on peut mesurer l’effet pervers du marxisme .

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