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Coronavirus - Economie - Editoriaux - Santé - 1 mars 2020

Coronavirus : simple correction boursière ou de nouveau 1929 ?

La vitesse de la dégringolade du CAC 40 et de Wall Street n’a été aussi rapide que pendant de graves crises. La baisse de 12-13 % des actions européennes en cinq jours et de plus de 10 % à Wall Street en quatre jours du S&P 500 se rapproche des records historiques.

L’OMS a décrété le niveau de menace maximum. De nouveaux pays-sources apparaissent un peu partout dans le monde. Le ministre Véran recommande d’éviter désormais la poignée de main ; les rassemblements, en France, de plus de 5.000 personnes sont désormais interdits. Cette pandémie présente un effet de levier extrêmement élevé entre le nombre faible de morts, le nombre des personnes infectées et les conséquences économiques.

Le coronavirus pourrait être l’étincelle, le cygne noir de la prochaine crise économique. C’est moins la gravité sanitaire de l’épidémie qui inquiète que ses conséquences pour l’économie. La « high-tech » et le secteur de l’automobile sont déréglés ; les compagnies aériennes et le tourisme s’effondrent ; l’agriculture française perd des débouchés et le textile est mal parti pour les collections automne-hiver. La Chine reprend plus lentement que prévu : l’activité manufacturière s’est écroulée en Chine, en février, avec un indice catastrophique des directeurs d’achats (PMI) de 35,7. La majorité des entreprises occidentales constatent que certains marchés, en Asie, se ferment et qu’ils sont aussi dépendants de leurs fournisseurs.

Tout comme après la faillite de Lehman Brothers et la crise des subprimes, plus personne ne fait confiance à personne, avec le cas de force majeure ; le système économique mondial se nécrose. La crise de 2008 était financière avec un effet sur l’économie réelle. Cette fois-ci, c’est l’inverse ! Il y a crise de l’offre des entreprises, des approvisionnements, de la demande des consommateurs avec des conséquences pour les banques, les Bourses et les marchés financiers.

Le VIX, l’indice de la volatilité et de la peur, est passé, à Wall Street, de 15 à 40, soit les niveaux de 2011 avec la crise de dette de la zone euro, mais il est encore loin, à ce jour, malgré la panique, du sommet de 80 atteint pour la crise de 2008. Quant à la courbe d’inversion des taux, annonciatrice de récession, attachons nos ceintures : le taux à dix ans sur la dette américaine, suite à l’achat en catastrophe d’obligations, a atteint, vendredi, son plus bas historique, à 1,1143 %, et le taux à 30 ans est tombé à 1,6366 % !

Oxford Economics affirme qu’une pandémie mondiale conduirait les États-Unis et l’Europe à la récession. Et l’Europe ne dispose plus des armes monétaires des banques centrales, les ayant déjà presque toutes utilisées pour maintenir une croissance molle. Jerome Powell, président de la Fed, pratique le « lip service » à la Trump ! L’abaissement de 0,25 % de la fourchette de taux 1,50-1,75 % par la Fed, en mars, et de 0,10 %, en juillet, des taux déjà négatifs de la BCE, ce serait, en fait, pour l’économie, encore moins qu’un cachet d’aspirine afin de soigner le coronavirus, le patient étant déjà décédé dans le cas de la BCE. Et à quoi servirait une politique de création de liquidités monétaires dans un pays où les habitants seraient cloîtrés chez eux, avec des rues vides et des magasins fermés, comme à Wuhan, depuis plus d’un mois, et où les usines seraient à l’arrêt ?

Le risque mortel, c’est la récession qui se transformerait rapidement en dépression, avec de nouveaux cygnes noirs comme l’Italie, avec sa dette publique, ses banques en faillite et sa croissance proche de zéro, touchée au cœur en Lombardie et Vénétie (31 % du PIB italien)… ou comme la France de Macron avec sa dette publique, son déficit public et ses dépenses publiques incontrôlées. Moody’s vient d’abaisser la note de la France de Aa2 positive à stable.

Le seul point positif de cette crise, c’est de voir l’Europe commencer à réaliser sa dépendance stratégique vis-à-vis de la Chine (par exemple, 80 % des principes actifs pour nos médicaments).

Les deux semaines à venir vont être cruciales : ce sera soit une simple correction technique, dans l’attente de la crise véritable, fin 2020 ou en 2021, au plus tard, suite à l’hyper-endettement mondial, soit le krach et le grand plongeon qui continuera par glissades successives, comme en 1929. Warren Buffet « [n’exclut] pas une chute des marchés de 50 %, voire plus » tout en restant optimiste pour le long terme. Nous ne partageons pas son optimisme, mais le premier facteur causal fondamental, dans l’immédiat, sera l’évolution sanitaire, impossible à prévoir, dans un sens ou dans un autre, de l’intensité et de l’expansion pandémique du coronavirus.

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