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Coronavirus - Economie - Editoriaux - 26 février 2020

Coronavirus : faut-il aider les entreprises ?

Les gouvernements et les banques centrales des pays touchés directement ou indirectement par l’épidémie de Covid-19 multiplient les déclarations et préparent des mesures monétaires (émission de monnaie), budgétaires (prêts et subventions aux secteurs les plus impactés) et fiscales (reports d’échéances fiscales et sociales au profit des entreprises).

La question qui se pose est de savoir si nous approuverons et soutiendrons ces mesures ou si nous les désapprouverons, et avec quels arguments.

L’impact de l’épidémie sur la « croissance » va être important. Je mets « croissance » entre guillemets car la tendance du commerce international lointain (mondialisé) depuis le début de 2018 était déjà récessive, et l’épidémie en cours ne fait qu’aggraver une tendance préexistante. Le transport de marchandises par porte-conteneurs avait baissé de 9 % en 2019 et la production manufacturière en Allemagne avait baissé de 4,3 % en décembre 2019, donc avant le déclenchement de l’épidémie. Ce ne sont que des exemples.

Les déclarations de , dimanche dernier, sont déjà obsolètes et largement optimistes.
En estimant le risque d’impact à 0,1 % de PIB, Bruno Le Maire omet de prendre en compte plusieurs facteurs :
– nous ignorons tout de la durée à venir du phénomène (c’est le facteur le plus déterminant) ;
– nous continuons à supposer que les quarantaines de 14 jours sont probantes et efficaces ;
– nous constatons, mais n’expliquons pas, l’existence d’individus « super-contaminateurs », véritables bombes biologiques capables d’infecter directement et à leur insu plusieurs dizaines de personnes et/ou des volumes physiques ;
– nous constatons l’apparition brutale et aléatoire de foyers importants (Qom en Iran, Codogno en Italie).

Donc, une première inanité du pronostic de Bruno Le Maire saute aux yeux : que se passerait-t-il si un foyer apparaissait à Paris comme en Lombardie ? On ferme le Louvre et la tour Eiffel, Disneyland est fermé, les hôtels, les bars et les restaurants sont à moitié vides à midi et ferment à 18 heures, pendant un mois, deux mois, plus, peut-être… Je n’en sais rien, mais Bruno Le Maire non plus, tout ministre qu’il est.

Étendez cela aux autres zones touristiques de France à cause de l’image globalement dégradée du pays à l’étranger pendant cette période, et parce que, pour aller au Futuroscope, la plupart des visiteurs étrangers lointains transitent par Paris-Charles-de-Gaulle. On est, alors, déjà bien au-dessus des 0,1 % d’impact, au travers de la balance des paiements (achats réalisés par des étrangers) et du PIB (achats réalisés par les nationaux).

De surcroît, Bruno Le Maire continue de croire à une reprise économique « en V », c’est-à-dire à la reprise rapide des activités industrielles et des services (tourisme, transport aérien) avec un « rattrapage » des volumes produits et échangés post-crise. C’est ce qui s’est passé avec le SRAS, en 2003. En réalité, après une crise grave, non confinée et prolongée comme celle à laquelle nous sommes confrontés, la reprise ne sera pas « en V » mais « en L », lente, avec des à-coups, et sans rattrapage des volumes des services non produits pendant la crise, notamment : tourisme, transport, distribution des biens non essentiels (achats d’impulsion), etc. Et tout cela aura un impact majeur sur les ressources sociales et fiscales de l’État.

Revenons donc à la question politique : quelles mesures gouvernementales devons-nous approuver ou désapprouver ?

Il faut poser un principe méthodologique clair et unique : doit être aidé celui qui est victime d’un cas de force majeure contre lequel, par définition, il ne pouvait se prémunir (« act of God », en anglais, l’expression est jolie et expressive).

L’hôtelier parisien sans clients est victime d’un cas de force majeure. On l’aide à maintenir son entreprise et les emplois.

À l’inverse (exemple non encore constaté, mais très possible d’ici quelques jours), un constructeur automobile français X ne peut pas livrer de voitures parce que son fournisseur-équipementier Y ne lui fournit plus de sièges. Évidemment, sans sièges, c’est difficile de vendre une voiture… Y ne livre plus de sièges parce qu’il n’a plus de tissus de garniture. Le choix de Y de recourir à des fournisseurs de tissu asiatiques plutôt qu’à des fournisseurs proches est un arbitrage économique décidé par un agent économique libre et rationnel. La force majeure ne s’applique pas, en l’espèce. Le client X ne pouvait ignorer l’arbitrage de politique d’achats fait par son fournisseur Y. X contrôle sa filière de fournisseurs pour tout ce qui concerne la conformité des produits au cahier des charges et, en particulier, la conformité « sécurité ». Y a donc régulièrement fourni au service achats de X les certificats de conformité des tissus aux normes de résistance au feu, notamment, fournis par ses fournisseurs chinois, indiens ou autres. C’est une règle de base dans l’industrie, dès qu’un produit ou composant est soumis à des obligations réglementaires ou contractuelles de qualité et de sécurité. Donc, X ne peut invoquer ni ignorance, ni bonne foi, ni force majeure. Donc, on n’aide pas le constructeur automobile X, ni son fournisseur de sièges Y, sur fonds publics…

Dans le cas présent, X et Y doivent assumer les conséquences de leurs arbitrages d’achats. Et, si cela doit entraîner des pertes, c’est aux actionnaires de X et de Y d’assumer les pertes, de renoncer à des dividendes en 2020, 2021, voire 2022, voire, si nécessaire, de « remettre au pot » par une augmentation de capital. C’est le principe de la société par actions, et c’est la loi…

Ce principe univoque permet :
– de trancher les décisions ;
– de justifier les décisions ;
– de réfuter toute accusation de politique « à la tête du client ».

Toute politique doit être claire pour être facilement comprise, et acceptable, a fortiori en temps de crise. Même si la clarté suppose la brutalité. Carl Schmitt ne disait pas autre chose…

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