Editoriaux - International - Politique - 27 avril 2019

Corée du Nord : la diplomatie américaine à la peine, la diplomatie française à la traîne…

L’actuelle politique étrangère américaine a décidément de quoi laisser perplexe. Avec le réchauffement inattendu entre Washington et Pyongyang, Donald Trump pouvait se vanter d’un assez joli coup diplomatique, réussissant là où tous ses prédécesseurs avaient tous plus ou moins échoué.

Las, le dernier sommet entre les USA et la Corée du Nord, tenu en février dernier, à Hanoï, au Vietnam, n’a pas transformé l’essai. Selon le président Kim Jong-un, « la situation dans la péninsule coréenne et dans la région se trouve actuellement dans une impasse », tandis que la faute en reviendrait à « la mauvaise foi » américaine ; ce qui demeure dans le domaine de l’envisageable. En revanche, il est un fait avéré que Pyongyang refuse maintenant que Mike Pompeo, en charge de la diplomatique américaine, puisse continuer de participer aux négociations.

Mike Pompeo, c’est l’homme qui entendait récemment déclarer la guerre au Venezuela tout en ne l’excluant pas avec l’Iran. Elle paraît bien lointaine, l’époque où un Henry Kissinger réussissait ce coup de maître consistant à permettre à Richard Nixon de renouer avec Mao Tse-toung pour mieux isoler Leonid Brejnev, privant ainsi l’URSS de l’espace et de l’appui chinois. Le général de Gaulle avait, d’ailleurs, initié cette stratégie quand la France fut la première nation au monde à reconnaître la Chine communiste.

Il ne s’agissait pas, alors, de diplomatie messianique, avec un empire du « bien » et un axe du « mal », mais simplement de consolider les grands équilibres et d’assurer la stabilité relative du désordre mondial. Bref, de tenir compte des réalités afin de pouvoir opter pour le préférable plutôt que le détestable ; soit la définition même de la politique, extérieure et intérieure.

En rompant avec sa « realpolitik » d’autrefois, la Maison-Blanche ne cesse désormais d’obtenir l’exact contraire de ses objectifs d’origine. Ainsi, la Corée du Nord resserre encore plus ses liens avec son protecteur chinois tout en renouant avec la Russie. Là, Kim Jong-un, bien moins « fou » que ne le prétendent les médias à longueur de journée, vient de gagner une marge de manœuvre non négligeable, puisque réduisant sa dépendance à la Chine en s’appuyant désormais à la fois sur Moscou et Pékin, capitales qui, de plus, n’exigent pas de Pyongyang qu’elle modifie son régime, économique comme politique et qui, surtout, la laissent mener à sa guise son programme nucléaire.

Le pragmatisme nord-coréen, fondé sur de mutuels échanges commerciaux avec ces deux puissants voisins, permet de plus à son président de mieux contourner les sanctions internationales ; c’est-à-dire américaines. À ce titre, on notera l’entêtement de Washington en la matière, dont l’administration demeure persuadée que lesdites sanctions poussent immanquablement les régimes concernés à s’assouplir, alors qu’elles ne les conduisent qu’à se durcir. En effet, quel meilleur moyen de fédérer un peuple que de lui désigner un ennemi extérieur, responsable de la disette qui le frappe, ce qui permet, au passage, de faire oublier ses propres carences en la matière ?

C’est ce qui se passe, d’ailleurs, en Iran depuis 1979. Même si les populations peuvent y être parfois sceptiques, voire franchement hostiles, quant à leur gouvernement, elles le sont plus encore vis-à-vis d’autres gouvernements, étrangers ceux-là ; légitime réflexe nationaliste aidant.

Jadis, on comprenait toutes ces choses, au Quai d’Orsay, du général de Gaulle à Jacques Chirac, tout en passant par Georges Pompidou et François Mitterrand. Avec Nicolas Sarkozy, les éléments « gaullo-mitterrandiens » y ont été quasiment tous remplacés par des « atlantistes », la France passant ainsi de l’école Roland Dumas à celle de Bernard Kouchner, pour simplifier. « Sarko l’Américain », assurait-on alors en blaguant. Ce n’était pas qu’une blague. Ou alors une très mauvaise blague. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un triste état de fait, la France pesant désormais à peu près aussi lourd sur la scène diplomatique internationale que le Luxembourg. Les banques en moins.

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