Journée sans voiture, on ne passe pas. Stoppé porte Maillot, le dépanneur insiste. Une dame est coincée dans un ascenseur, il doit se rendre sur place pour la délivrer. « Arrière, pollueur ! Répandeur de fumée noirâtre, ennemi de l’air pur, malfaisant motorisé ! » À la manière des videurs de boîte de nuit, les policiers refusent l’entrée à ce forcené qui n’y connaît rien en écologie. « T’as une voiture, tu rentres pas. » L’absence de marquage sur les parois du véhicule ne lui donne aucun droit. Il n’est pas inscrit « pompier », « urgences », « taxi » ou quelque chose comme « sauveur de dames dans les ascenseurs ».

Dans sa cage arrêtée entre le premier et deuxième étage, Monique attend. Le technicien ne saurait tarder. Après une heure passée à compter les petits trous de la grille d’aération, la dame rappelle le service dépannage. « Je commence à trouver le temps long. Que faites-vous ? » L’inconsciente ne sait pas que la journée sans voiture bat son plein. Quelle drôle d’idée de vouloir descendre de chez soi autrement que par les escaliers alors que Paris est cerné. Les policiers gardent toutes les portes, jettent des bassines d’huile bouillante sur les assaillants, repoussent la tôle vers la banlieue. Le combat fait rage et Monique s’imagine qu’un petit réparateur d’ascenseur va pouvoir passer. Ah ah ah… L’équipe municipale se gausse… La journée va permettre de faire baisser la température mondiale de 0,000 000 000 % ! Les calculs sont formels.

Porte Maillot, le dépanneur cherche la faille. Un trou dans la muraille, une erreur de la défense et il s’élancera dans les rues de la capitale. Le moment arrive. Profitant qu’un policier tente de bouter un car de touristes anglais au-delà du périph’, il fonce, passe la frontière et entre dans la Ville lumière aux ascenseurs capricieux. Deux grilles d’aération plus tard, soit deux heures en langage « Roux-Combaluzier », il arrive auprès de la naufragée et l’extirpe de sa prison suspendue. Alléluia. Monique sort et peste contre la municipalité. Bachi-bouzouk, ectoplasmes, moules à gaufre, etc. « Il est effarant que la mairie de Paris n’ait pas géré cet aspect […] et considère qu’une panne d’ascenseur n’est pas une urgence », précise-t-elle, alors qu’elle a retrouvé son calme.

« J’ai la chance d’être en bonne santé et d’avoir un bon mental, mais si j’avais été quelqu’un de fragile, ou de malade, que serait-il arrivé ? » Il y aurait eu un hommage, chère madame. « Aux tombés pour la journée sans voiture. » Un monument, un discours, des fleurs… émue : « Je pense à tous les Parisiens qui n’avaient pas installé une corde à nœuds à la rambarde de leur fenêtre et à ceux qui sont remontés mais ne sont pas arrivés jusqu’en haut… » Minute de silence.

Sur Twitter, le journaliste Clément Weill-Raynal propose d’instaurer la « journée sans ascenseurs ». L’idée fait son chemin dans la tête de l’ingénieur en charge des « emmerdements généraux et particuliers ». Le projet est sur son bureau, mais l’homme est surchargé de travail. Les Parisiens devront attendre.

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