Non, vous ne rêvez pas. Il s’agit bien de la recension d’un film d’épouvante sur BV, période oblige. Samain n’est évidemment pas dans le cœur de tous nos lecteurs, mais les amateurs de paganisme celtique y voient, non sans raison, une tradition européenne aussi légitime que les autres. Après avoir relancé (et massacré…) en 2018 la saga Halloween, lancée quarante ans auparavant par le grand John Carpenter, le réalisateur David Gordon Green déterre une autre saga culte du cinéma d’épouvante : L’Exorciste, dont le premier volet de 1973, signé William Friedkin, est le seul qui vaille véritablement la peine d’être vu.

Comme pour Halloween, David Gordon Green part directement du film original, occulte les suites et propose toute une nouvelle trilogie. Un défi ardu qui nécessite une certaine constance dans la créativité et le renouvellement – la saga du tueur au masque blanc s’était d’ailleurs essoufflée dès son second volet, Halloween Kills, en 2021…

L’Exorciste : Dévotion inaugure donc aujourd’hui une nouvelle salve d’épisodes s’appuyant sur le film original de 1973. Le film suit un père et sa fille en proie à un esprit démoniaque. En effet, depuis qu’elle a momentanément disparu en forêt avec sa meilleure amie Katherine – 72 heures d’angoisse insoutenable pour les parents –, Angela commence, à son retour, à adopter un comportement inquiétant. Idem pour sa camarade. Victor, le père d’Angela, qui ne croit plus ni en Dieu ni en Diable, décide par désespoir de solliciter l’aide de Chris MacNeil, la mère de Regan, l’héroïne possédée du film originel de William Friedkin.

Dès lors, le spectateur a droit à toutes les ficelles du genre : jurons proférés à tire-larigot par des gamines aux voix rauques et au maquillage démoniaque, démonstration de force surhumaine, projection des parents contre les murs, chantages pervers, exorcismes impuissants et autres joyeusetés. Le tout saupoudré de « jumpscares » (effets de sursaut) en veux-tu en voilà – soit le consumérisme facile de l’effet horrifique, lequel se gobe comme du pop-corn et maintient notre attention. En somme, tout ce sur quoi se base depuis vingt ans le cinéma d’épouvante et que des génies comme Friedkin et Carpenter avaient su soigneusement éviter en leur temps…

Grand-guignolesque au possible, ce nouvel opus de la saga pâtit de son ton trop sérieux, là où le récent Exorciste du Vatican, avec Russell Crowe, jouait à fond la carte du second degré et rendait digeste la somme de débilités qu’il nous faisait ingurgiter.

Inconsistant, le film de David Gordon Green ne prend même pas la peine d’exploiter ses mystères, ni les soixante-douze heures de disparition des gamines (enlèvement par une secte, rituels sataniques, voyage dans les profondeurs de l’Enfer ?), ni le lieu d’où provient l’esprit malveillant – alors que le public est toujours friand de ce type d’explications. Le réalisateur avait là des points faciles à prendre, et il n’en a pas profité.

2023 oblige, le scénario a dû céder aux injonctions multiculturalistes et interconfessionnelles de l’époque et nous a mitonné un exorcisme œcuménique de bazar où prêtre catholique, évangéliste showman et animiste africaine joignent leurs forces pour sauver les deux gamines. On se demande seulement où sont passés le rabbin et l’imam – sans doute sont-ils trop affairés en ce moment pour faire copain-copain…

Le plus triste, dans cette histoire, est que le personnage de Chris MacNeil, seul lien véritable avec le film originel, est réduit à l’état de faire-valoir pour légitimer l’existence d’une nouvelle trilogie qui n’a pas lieu d’être. Comme si l’important était de revendiquer l’appartenance à la franchise pour engranger un maximum de pognon sur son nom…

Mais quand on voit le bide que fait ce premier volet au box-office, on se demande si cette stratégie est vraiment payante.

1 étoile sur 5

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04 novembre 2023 à 12:15

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2 commentaires

  1. Boycotte . Ceux là sont incapables de créer des oeuvres ils sabotent donc celles des autres . Cela devrait être interdit .

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