[CINEMA] Juste une illusion, une comédie familiale signée Nakache et Toledano

La vie mouvementée d’une famille juive de la classe moyenne, dans une banlieue parisienne en 1985.
Copyright Manuel MOUTIER
Copyright Manuel MOUTIER

On pense ce que l’on veut du tandem que forment Olivier Nakache et Éric Toledano, auteurs d’un cinéma bien-pensant et parfaitement dans les clous, ils savent au moins faire les choses avec talent. Leur sens du rythme, de l’écriture et de la réplique bien sentie n’est plus à démontrer depuis longtemps. Réalisateurs des très politiquement corrects Intouchables, Samba, Hors normes ou encore Une année difficile, Nakache et Toledano savent aussi se faire moins idéologues, comme ils l’ont prouvé en 2017 avec Le Sens de la fête. Les deux complices nous reviennent aujourd’hui avec une comédie familiale et initiatique largement nostalgique des années 80 et inspirée, semble-t-il, de leurs propres souvenirs d’enfance.

L’éveil de l’adolescence

En référence, évidemment, au tube d’Imagination, Juste une illusion nous raconte la vie mouvementée d’une famille juive de la classe moyenne de banlieue parisienne, en 1985, à une époque où les Israélites, originaires d’Algérie, du Maroc ou de Tunisie, peuplaient encore les barres d’immeubles, n’avaient pas à craindre leur voisinage et croyaient dur comme fer à l’utopie multiculturaliste vantée par nos élites médiatiques…

Entouré de parents aimants, perpétuellement en conflit et cachottiers, ainsi que d’un grand frère à l’égoïsme forcené, Vincent, treize ans seulement, est en passe de faire sa bar-mitsva. Une période propice pour lui à toutes sortes de questionnements sur la famille, sur la vie, sur Dieu, sur le messie… et sur les femmes. Car follement amoureux d’Anne-Karine, sa camarade de classe avec laquelle il prépare un exposé, Vincent va faire l’apprentissage de la séduction.

En définitive, peut-être, deviendra-t-il un homme selon les critères de sa religion et de son rabbin.

Une esthétique 80 un peu trop ostensible

Dédié aux pères des deux cinéastes, Raphaël Toledano et Marc Nakache, Juste une illusion se trouve à l’intersection de plusieurs cinémas : celui de Woody Allen, auquel on pense souvent eu égard aux questions existentielles du personnage principal ; celui de Spielberg, pour le récit familial et le passage obligé de l’enfant qui fait la morale aux parents dans une inversion totale des valeurs ; et le cinéma français populaire de l’époque, pour le ton ouaté de l’ensemble.

Comme beaucoup de films ou de séries qui jouent aujourd’hui sur la nostalgie des années 80, Juste une illusion tombe allègrement dans le piège de l’effet juke-box, avec cette propension des auteurs à nous servir tous les tubes éculés de l’époque, comme si la bande originale était la meilleure garantie possible de leur souci d’authenticité. Plus finaud sur le plan esthétique, Les Passagers de la nuit, notre coup de cœur de l’année 2022, avait sur éviter cet écueil et, paradoxalement, avait mieux réussi son immersion dans les années 80.

Juste une illusion s’avère néanmoins une comédie familiale de bonne facture dont les répliques n’ont pas manqué de faire rire le public. On retient tout particulièrement les prestations de Louis Garrel, de Pierre Lottin et des jeunes Simon Boublil et Jeanne Lamartine.

3,5 étoiles sur 5

 

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Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

5 commentaires

  1. Excellent film que je suis allé voir la semaine dernière. Dommage qu’il ne dure que deux heures, j’aurais pu y passer l’après-midi. Il nous replonge dans nos jeunes années. Le choix des acteurs lui aussi est formidable, leur jeu subtil et très juste.

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