Le suspense prendra bientôt fin. La pythie des Outre-mer rendra bientôt son verdict. Le 15 janvier prochain, précisément, croit savoir , spécialiste en interprétation d'oracles de gauche. Le vol des oiseaux, les entrailles de poulet, les osselets, les cartes... le grand quotidien du soir en connaît un rayon - y compris, donc, l'interprétation du césairisme de grande surface qui caractérise les prises de parole « taubiriennes » (« taubiresques » ? On ne sait pas).
Il s'agira probablement d'un tweet : « Fierté de proclamer mon nom. Joie de me livrer en pâture aux fauteurs de haine. Jamais ils n'auront la voix des nôtres, qui criera plus juste sous les alizés collectifs que dans l'espace des solitudes. ChT. » À peu près. On comprendra alors, à ce langage cryptique, qui évoque aux plus indulgents d'entre nous les élucubrations d'un Saint-John Perse sous Xanax™, qu'elle a décidé de franchir le pas. Ensuite, il y aura la primaire de la gauche, dont elle sera la seule candidate. Puis l'affrontement, au premier tour, avec les autres poids lourds de la gauche française : Anne Hidalgo (2 à 4 %), Yannick Jadot (5 à 7 %), Arnaud Montebourg (1,5 %). Taubira ferait peut-être 7 %. Ensuite de quoi, forte de cette consécration populaire, elle enverra, en forme de bras d'honneur à la France la plus réactionnaire du monde, les lignes suivantes : « Un coup du sort jamais n'abolira nos luttes. Avec le chant du lendemain pour seule boussole, mettons-nous en risque au son du progrès, au plein vent de nos généreuses certitudes partagées. En solidarité et en gratitude. ChT. » Quelque chose comme ça.
« Relative indifférence » face à la candidature de Taubira, croit savoir . Traduisons-le : tout le monde, à gauche, au centre, à et ailleurs, se moque complètement de la candidature de Christiane Taubira qui, même chez les catholiques, a perdu son statut de responsable de la loi sur le mariage pour tous - tant on a bien compris, désormais, que même Valérie Pécresse, avec sa droite sans concessions et son Kärcher™ en parfait état (très peu servi) était pour. Dernière héritière de la gauche lyrique dont la fin des années Mitterrand aurait dû sonner, irrémédiablement, le glas, Christiane Taubira pense qu'elle est toujours jeune, dans une France des années 80 qui considère la diversité comme une originalité. Une France qui, pense-t-elle, attend ses messages avec impatience - des messages pourtant dignes de ceux que les collégiennes de mon temps échangeaient, de leur écriture ronde, au Stabilo™ sur les cahiers de texte.
Christiane Taubira, pourtant, ne fait pas seulement rire : elle sait aussi faire perdre. Nombreux sont ainsi ceux, dans le peuple de gauche, qui lui attribuent la défaite de Lionel Jospin en 2002. Elle n'aura pas besoin de forcer pour renouveler l'exploit, cette fois-ci : la gauche s'est tuée toute seule il y a bien longtemps et n'a fait que débrancher la perfusion. En tout cas, bonne chance à elle ! Ou plutôt : « Ferveur et support à vous. En soutien de votre courage et liberté. Que naissent mille voix qui joindront à la vôtre l'irréfutable musique d'un chant d'avenir. »

10 janvier 2022

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