Le mercantilisme décomplexé a, décidément, de beaux jours devant lui. Ainsi, on voit fleurir des publicités d’hôtels proposant de louer une chambre en journée afin de satisfaire quelque tromperie conjugale. La société de consommation met même à disposition des sites de rencontres adultères pour trouver le ou la partenaire idéal(e). Vous me direz, ça ne date pas d’hier, les écarts conjugaux, et loin de moi l’idée de porter un jugement là-dessus, mais autrefois, on n’en faisait pas un argument de vente !

Désormais, on peut aussi participer à des soirées composées d’authentiques faux amis, comme le rapporte Télérama.fr : “C’était une soirée parisienne comme tant d’autres. On y lanternait avec des whisky-sodas à la main, on picorait nonchalamment des chips et des brochettes au curry, on s’incrustait dans des conciliabules improvisés autour du canapé avec des inconnus de toutes nationalités, les fumeurs se retrouvant derrière la baie vitrée pour commenter l’instant – ou les sondages pour la présidentielle -, tandis que les plus joueurs s’excitaient au bière-pong en poussant de hauts cris faussement désespérés.”

Sauf que :

Tout ici avait été réglé par applis interposées. Les convives, convoyés pour la plupart “en Uber”, avaient été recrutés via une start-up répondant au nom d’Excuse MyParty [en partenariat] avec le site de réservation d’appartements en ligne Airbnb. Pour s’inscrire, après une laborieuse procédure de reconnaissance faciale algorithmique combinant webcam, scan du passeport et profil Facebook, ils avaient dû verser à la plateforme un écot de 60 euros. La somme s’écoulant ensuite en cascade jusqu’à une seconde start-up, chargée de gérer l’intendance […], puis sur la maîtresse de céans, une artiste et collectionneuse sexagénaire […], laquelle, bien sûr, ne jouait pas les Gertrude Stein pour le simple plaisir de la mondanité.

Non content d’avoir soudé l’humanité à des écrans mobiles qui, tels des mouchards, veillent à la bonne santé consumériste des individus en ciblant leurs instincts prodigues spécifiques, le mercantilisme amoral gère à présent pour nous ce qui, jadis, relevait de l’initiative personnelle.

Finie, la quête d’amis quand on débarque quelque part puisque d’autres, moyennant rétribution, le font pour vous, selon vos critères définis par avance. Finie, aussi, l’attente angoissée d’une réponse, après avoir proposé à la fille dont on est amoureux une sortie cinéma. Les applis s’occupent de tout. En somme, c’est la société nomade, sans enracinement territorial et affectif, rêvée par , premier Uber Président français, lui aussi sélectionné par une start-up politique et prêt à l’emploi !

Et si tout ça sonne faux, qu’importe : nous n’avons de toute façon pas de temps à perdre avec les sentiments durables. Ce que nous devons satisfaire, ce sont nos envies, sans autres engagements que financiers ; telle est la cynique loi mercantile.

Conclusion, à la question « Comment était ta soirée ? », on pourra répondre : « Uber cool ! »

10 mai 2017

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