Editoriaux - Union Européenne - 13 mars 2019

Brexit : un Royaume-Uni qui l’est de moins en moins !

Que l’Histoire peut se montrer ironique ! Non sans raison, le général de Gaulle refusait obstinément l’entrée de l’Angleterre dans la Communauté européenne, excipant du fait que cette île serait toujours plus portée vers le grand large et son épigone américain qu’en direction de notre vieux monde ; Winston Churchill dixit.

Il a donc fallu attendre la mort du Général pour que la Grande-Bretagne mette un pied sur le continent. Non pour en faire une puissance politique majeure – de Louis XIV à Adolf Hitler tout en passant par Napoléon Ier, cela a toujours été un objectif premier de son ancestrale diplomatie – mais pour la torpiller de l’intérieur et en faire un simple espace de libre-échange économique.

Aujourd’hui, paradoxal retour de l’Histoire, c’est le Royaume-Uni qui se trouve au bord de la désunion – Brexit oblige. Pour demeurer dans l’actualité immédiate, cette pauvre Theresa May est devenue aphone à force de débats parlementaires plus ou moins stériles. Entendue ce matin à RTL, on aurait dit Joe Cocker à Woodstock. Pour elle, il y avait effectivement de quoi chanter le blues, n’ayant désormais le choix qu’entre des solutions toutes plus ou moins mauvaises les unes que les autres.

Si l’on résume, faute d’accord fiable et clair, il y aurait donc possibilité d’un Brexit sans accord préalable, d’où saut dans l’inconnu. Ou alors d’un Brexit avec accord reporté aux calendes grecques, d’où un autre triple salto arrière avec éventualité d’un nouveau référendum sur le sujet. Là, ce n’est plus l’inconnu ; juste un cauchemar d’autant plus shakespearien qu’à l’origine, Theresa May était contre ce même Brexit avant d’en devenir la porte-parole, à son corps défendant. Dilemme plus existentiel, on ne saurait trouver.

En attendant, ceux qui ont été jadis soumis à la couronne de Sa Très Gracieuse Majesté jubilent. En Écosse, patrie rattachée de force à la tutelle londonienne en 1707, on sort tartans et bag pipes. Nicola Sturgeon, Premier ministre écossais, parvenue au pouvoir en 2014 après l’échec d’un autre référendum concernant l’indépendance de la patrie de Sean Connery (ex-agent 007), déclarait récemment au Monde : « Il y aura un autre référendum d’indépendance. La question est de savoir quand. […] Je crois que l’Écosse deviendra un pays indépendant. »

Du côté de l’Irlande, catholique et assez anglophobe, on peut entendre pareil son de biniou, sachant qu’en cas de Brexit “soft” ou “hard”, il faudrait rétablir la frontière avec son voisin du nord, protestant et assez anglophile. Cette perspective paraît avoir été écartée pour l’instant.

En attendant de probables rebondissements à venir, ça navigue à vue, au 10 Downing Street. Bonne nouvelle pour les Écossais et les Irlandais. En matière souverainiste, et pour en revenir à ces deux célébrités plus haut citées, on ne saurait être plus gaullien que Churchill et plus churchillien que de Gaulle. Isn’t it?

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