Brexit : discours du trône, Boris joue sa reine

C’est une cérémonie traditionnelle haute en couleur et multiséculaire que vient de vivre Londres, et pourtant elle fait l’actualité. Transportée en grande pompe en carrosse depuis Buckingham Palace, escortée par les Horse Guards jusqu’au palais de Westminster, la reine Élisabeth II s’apprête à prononcer le discours du trône (Queen’s Speech).

La reine pénètre dans le Parlement accompagné du lord-grand-chambellan et du gentilhomme huissier de la verge noire (Black Rod), précédé du sergent d’arme clamant : « Chapeau bas, étrangers ! » (Hats off, Strangers!).

Maintenant, nous sommes dans la rouge Chambre des lords (House of Lords). La reine s’assied sur le trône qui lui a été préparé, scrute l’assistance – semblant les passer en revue – et l’invite par la formule « Mes seigneurs, je vous prie de vous asseoir » (My Lords, pray be seated ). Les membres de la chambre haute sont revêtus de leur costume d’apparat, fait notamment d’une robe rouge, et coiffés d’une perruque.

De son côté, après que la chambre basse (Commons) lui ait claqué la porte au nez pour lui signifier sa supériorité, le gentilhomme huissier, tout de noir vêtu (Black Rod), frappe de sa canne trois fois la porte. En entrant, il déclare : « Monsieur le Président, la reine commande à cette honorable Chambre de suivre Sa Majesté immédiatement à la Chambre des Pairs. »

Tandis que la reine lit, selon la tradition, le programme gouvernemental que lui a proposé le Premier ministre Boris Johnson avant la prorogation, les députés restent debout, leurs vêtements civils tranchant avec les tenues d’apparat du reste de l’assemblée. Parmi l’assistance, Boris, attentif, savoure, sourit, boit du petit lait. Son texte est en train d’être lu publiquement par la plus prestigieuse des lectrices, la reine d’Angleterre.

« La priorité de mon gouvernement a toujours été d’assurer une sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 octobre. Mon gouvernement prévoit de travailler à la mise en place d’un nouveau partenariat avec l’Union européenne sur la base du libre-échange et d’une coopération amicale », déclare la reine.

Le Premier ministre se repaît de son programme riche de réformes, fort de vingt-six projets de loi (bills) qui séduiront les Britanniques. Notamment un plan d’urgence contre le crime, pour la santé (la NHS), l’éducation, les infrastructures, la réduction du coût de la vie, l’amélioration des salaires et de la productivité à travers tout le pays.

Fort intelligemment, Boris Johnson ne prévoit pas de taxer les produits en provenance d’Europe une fois le Brexit fait, ce qui rassure le consommateur britannique.

L’Angleterre va manquer aux Européens, et particulièrement aux Français, qui luttent contre la tendance fédéraliste allemande depuis le traité de Maastricht – un impôt européen nous pend au nez. En même temps, l’Union européenne perd l’une des plus belles plumes de son chapeau (sa 2e économie), ce qui pourrait provoquer son effondrement et ouvrir, enfin, la voie au retour de l’Europe des nations.

Exceptionnellement, le Parlement se réunira samedi, après le Conseil de l’Union européenne des 17 et 18 octobre. Faute d’accord d’ici là, une loi adoptée en septembre impose à Boris Johnson de demander un report du Brexit de trois mois. Le Premier ministre exclut catégoriquement de repousser cette date, déjà reportée deux fois, sans dire comment il fera. Cette demande de report devra être approuvée à l’unanimité des autres États membres, une requête qu’il serait judicieux d’accepter si elle était soumise, estime le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, inquiet d’une éventuelle défection de la Hongrie, voire du Président Macron faisant, avec Dominique Strauss-Kahn, le choix de la fuite en avant vers l’empire fédéraliste.

Confiant, le ministre des Finances britannique Sajid Javid a annoncé, lundi, qu’il présenterait, le 6 novembre, son « premier budget après la sortie de l’Union européenne ».

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