Bernadette Chirac, l’héritière d’une lignée de serviteurs de la France

De l'Ancien Régime à aujourd'hui, la famille Chodron de Courcel lia son destin à celui de notre pays.
nicogenin, CC BY-SA 2.0 , via Wikimedia Commons
nicogenin, CC BY-SA 2.0 , via Wikimedia Commons

La disparition de Bernadette Chirac, survenue ce 5 juin 2026 à l’âge de 93 ans, suscite une profonde émotion. En effet, pendant plus d'un demi-siècle, celle qui fut l'épouse du Président Jacques Chirac a incarné une certaine idée du devoir et de la fidélité à la France. Son engagement en Corrèze, son action en faveur des enfants hospitalisés à travers l'opération « Pièces jaunes » et sa présence constante dans la vie publique française ont marqué plusieurs générations. Au-delà de sa personnalité, sa disparition rappelle également l'histoire de sa famille, dont plusieurs membres se sont illustrés au service de la nation, parfois dans des circonstances décisives de son Histoire.

La famille Chodron de Courcel

Avant son union avec Jacques Chirac, Bernadette Chodron de Courcel appartenait à une famille dont les racines remontent à l’Ancien Régime. En effet, selon le Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables à la fin du XIXe siècle, cette lignée serait originaire de Metz et aurait appartenu à la haute bourgeoisie lorraine dès le XVIe siècle. Certains de ses membres, comme Nicolas Chodron, reçurent en 1628 du cardinal de Lorraine des fonctions d’archiviste, tandis que d’autres, plus tard, à l’image de Joseph Chodron, né en 1744, devinrent contrôleurs généraux des domaines du prince de Condé en Lorraine avant de servir dans l’armée des princes durant la Révolution.

Après la Révolution française, plusieurs Chodron servirent l’Empire, parfois jusqu’au sacrifice suprême en versant leur propre sang pour la France. Ainsi, François Chodron de Sanzey se distingua lors de la défense de Toul face aux armées coalisées en 1814, ce qui lui valut d’être nommé officier de la Légion d’honneur. Un autre membre de la famille, Joseph-Noël Chodron, lieutenant de cavalerie, trouva la mort lors de la campagne de Russie en 1812.

Durant la monarchie de Juillet, Louis-Jules Chodron, né à Paris en 1804, devint secrétaire du prince de Talleyrand. Par ordonnance royale de 1832, il fut également autorisé, ainsi que sa descendance, à porter une particule à leur nom. Puis, selon les archives de la ville de Paris, « par décret du prince-président de la République, en date du 7 août 1852 », les membres de sa famille « ont été autorisés à ajouter leurs noms patronymiques de Courcel ». Son fils aîné, Alphonse Chodron de Courcel, arrière-grand-père de Bernadette Chirac, mena une brillante carrière diplomatique. Élevé à la dignité de baron par Napoléon III en 1867 et recevant la grand-croix de la Légion d’honneur, il devint ensuite ambassadeur de France à Londres de 1894 à 1898 puis sénateur de la IIIe République.

Geoffroy Chodron de Courcel, un homme du 18 juin

Parmi les figures les plus remarquables de cette lignée figure également Geoffroy Chodron de Courcel, l’oncle de Bernadette Chirac, né à Tours le 11 septembre 1912. Diplomate de formation, il entre au ministère des Affaires étrangères avant la Seconde Guerre mondiale et exerce notamment à Athènes. Lorsque le conflit mondial éclate en 1939, il est mobilisé et affecté au Levant. Revenu en métropole au moment de la campagne de France, il est nommé aide de camp du général de Gaulle, sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale du 6 au 16 juin 1940. Lorsque celui-ci choisit de continuer le combat depuis Londres, Geoffroy Chodron de Courcel décide de le suivre. Le 17 juin 1940, il embarque ainsi avec de Gaulle pour l’Angleterre, l’aide dans la préparation du discours du 18 juin et devient alors l'un des premiers membres de la France libre. Un an plus tard, il rejoint l’Afrique du Nord et participe aux combats en Égypte, notamment lors de la bataille d’El-Alamein, ainsi qu’en Libye et en Tunisie. En 1943, il retrouve à Alger le général de Gaulle, qui le nomme directeur adjoint de son cabinet. Son engagement exceptionnel lui vaut d’être fait compagnon de la Libération par décret du 8 juillet 1943, une distinction attribuée à seulement 1.038 personnes.

Après la guerre, il poursuit une brillante carrière diplomatique au Quai d’Orsay. Il occupe notamment les fonctions de représentant permanent de la France auprès de l’OTAN avant de devenir, en 1959, secrétaire général de la présidence de la République après le retour au pouvoir du général de Gaulle. En 1962, il est ensuite nommé ambassadeur de France au Royaume-Uni, comme son aïeul autrefois, fonction qu’il exerce pendant une dizaine d’années. Figure respectée, il s’éteint le 9 décembre 1992, laissant derrière lui l’image d’un homme au service de la France et de la liberté.

Bernadette Chirac aura à son tour et à sa manière, à l’exemple de sa famille, consacré son existence au service de la France. Si son parcours fut naturellement différent de celui de ses ancêtres ou de son oncle Geoffroy, elle n’aura ainsi jamais trahi cet héritage familial. Avec sa disparition s’efface ainsi la représentante d’une lignée dont l’histoire se confond, par bien des aspects, avec celui de notre pays.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

87 commentaires

  1. C’est la particule qui unit le journaliste et la veuve Chirac ?Elle a servi la France ? Quand ça ?

  2. Quant on parle de Première Dame, on pourrait dire Grande dame, Mme Chirac était une de ses femmes qui ont servi la France. Son engagement avec les pièces jaunes, elle a embellile quotidien des enfants malades dans les hopitaux, et construit des logements pour l’accompagnement des parents d’enfants qui venaient de province. Bravo Mme CHIRAC reposez en paix. Ou en sont les pièces jaunes aujourd’hui ???, qu’en fait on ??

    • Si son mari n’avait pas suivi la politique socialiste de son méphitique prédécesseur Mitterrand, le pays n’aurait pas été, déjà, ruiné, et on n’aurait pas eu besoin de pièces jaunes pour financer les hôpitaux. La charité des dames patronesses n’est en rien un gage d’efficacité. Mais cela permet de se faire passer pour des bienfaiteurs de l’humanité auprès des gogos.

      • Méphitique prédécesseur dont Chirac a permis et accompagné l’accession au pouvoir en trahissant Giscard, qui n’était pas lui non plus un patriote fervent mais qui, au moins, n’était pas un traître, un menteur et un collaborateur avéré !

    • Les pièces jaunes ont effectivement été créées pour cette belle cause. Et non destinées à E.Enfance comme l’a décidé madame macron. Cette association qui à également sa raison d’être doit fonctionner avec des DONS de particuliers et non avec les pièces jaunes.

    • le 25 novembre 2025, Le Canard enchaîné a révélé un scandale qui pourrait bien ébranler la confiance des donateurs : 2 millions d’euros, issus du budget des Pièces Jaunes, auraient été détournés vers l’association E-Enfance, une structure dont l’objet social n’a rien à voir avec celui de la Fondation des Hôpitaux.

  3. Je l’ai croisé plusieurs fois dans ma vie pro et je ne vous dirais pas ce que j’en pensais.
    Le turn over de son personnel était énorme. Devinez pourquoi ?

  4. Non événement en cette période actuelle si trouble, dont son mari n’est pas exempt de reproches !

  5. Mme Chirac ne me laisse pas un souvenir impérissable. Elle avait un âge certain et donc sa mort ne m’émeut pas .

  6. Elle s’est bien servit, aussi. Qui se souvient de l’argent des pièces jaune qui a servit à reconstruire des hotels après un tsunami, de la fondation Claude-Pompidou achetant en 1978, à la demande de Jacques Chirac, le terrain de cinq hectares jouxtant son château corrézien de Bity, afin de lui éviter le voisinage d’une colonie de vacances. Enfin des « dépenses de bouche » réglées en espèces, pour Jacques et Bernadette Chirac à la mairie de Paris entre 1987 et 1995, d’un total de 14,5 millions de francs?

  7. Surtout au service d ‘ elle même ; élue une fois dans son village avec plus de voix que de votants …

  8. C’est sûr, elle a utilisé à bon escient les pièces jaunes. Elle n’en a pas détourné pour une copine … Par contre, Jacques, n’était pas un saint. Montaldo nous l’a décrit.

  9. Je ne vois pas l’utilité d’un pareil article pour cette bourgeoise.
    Elle termine sa vie comme tout un chacun

  10. D’abord femme de chirac, je ne vois pas en quoi elle a pu servir la France? Son cher mari a terminé sa triste carrière en devenant premier président à prendre de la taule, avec sursis il est vrai. Cela en faisait quand même un repris de justice.

    • Chirac est l’homme qui a supprimé le service militaire et détruit notre armée, parmi tous les autres dégâts qu’il a fait.
      C’est lui avec Villepin qui en 1998 une 1ère fois, puis en 2007, une 2ème fois a bloqué le droit de vote en Nouvelle Calédonie pour exclure 30% de la population trop française et pour avantager les indépendantistes kanaks minoritaires. Le chaos actuel en Nouvelle Calédonie est son héritage direct.

      • L article ne parle pas de lui. L ancien cuisinier des Chirac à l Elysée disait qu elle regardait tout mais qu elle était très humaine.

  11. Elle fut un exemple d épouse de Président de la République, comme il n y en a plus eu.
    Reposez en paix Madame et merci.

    • Ce couple n’était qu’un couple de façade. Chichi a collectionné les aventures, dont, entre autres, Claudia Cardinale. Bernie était là pour « décorer ».
      Quant à Chirac il aurait mieux fallu que les Français choisissent Balladur, un authentique libéral en matière économique et conservateur en matière sociétal, que Chichi qui lui était un « progressiste » et un crypto socialiste en matière économique.

      • Mais surtout que Chirac, faux homme de droite, a été complice de l’invasion migratoire de la France, et qu’il a trahi son pays et ses électeurs en tenant des discours de droite et en menant des politiques de gauche.

  12. Chirac ne fut le présidenry, avant et après, que grâce à elle. Je reconnais ses qualités mais ça s’arrête là.

  13. l faudra un jour stopper d’encenser tous ces politiques aux multiples casseroles Quand on a vécu avec autant d’argent venu de nos amis africains ,on ne mérite pas la legion d’honneur pour autant !

    • Tout à fait !
      Cette dame était simplement la femme de !
      Que je sache elle n’avait aucun mandat électif à l’Elysée, mais comme d’autres avant et après elle, profitait largement du système, en toilettes et autres dépenses luxueuses.
      Il serait temps de mettre un terme à ces gabegies honteuses. Le PR perçoit une indemnité confortable sans parler des avantages en nature multiples.Que les dépenses de santé dulcinée soient prises sur ce qu’il perçoit.
      Bruni n’a t’elle pas fait installer un studio d’enregistrement aux frais de la princesse ? Quelle éloge ferez vous la concernant ?

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