En octobre 2019 se tenait la CCC (Convention citoyenne pour le climat), dernier clou gouvernemental dans le cercueil des gilets jaunes. En effet, par un merveilleux tour de passe-passe, les revendications initiales, portant sur la hausse du prix du diesel, se transformèrent en une sorte de happening écologiste. Là, 150 citoyens, paraît-il tirés au sort, pondent presque autant de propositions en quelques jours, dont la plupart singulièrement ébouriffées, telles la « prise en compte du bilan carbone dans le bilan comptable », « l’inclusion des citoyens dans la gouvernance des mobilités » ou la « limitation à 110 km/h sur autoroute », cette dernière ayant finalement été retoquée par .

Aujourd’hui, l’épidémie aidant, les réveils sont difficiles. 40 % des préconisations de cette convention étaient censés déboucher sur un projet de loi, mais les travaux ont pris du retard et le texte, destiné à être examiné en janvier prochain, ne devrait pas être adopté avant l’été. Cités par Le Figaro de ce lundi 23 novembre, plusieurs conventionnels commenceraient ainsi à trouver le temps long : « Il est hors de question qu’on nous vole cette convention ! Elle aurait dû booster toutes les mesures sur le climat, et finalement, on est en train de les écraser les unes après les autres. »

Du coup, l’écrivain et poète Cyril Dion, fort célèbre dans sa cage d’escalier et garant de la CCC, s’alarme, dans une pétition en ligne : « Le gouvernement est en train de détricoter et d’affaiblir bon nombre de leurs mesures. » Un tel désarroi est on ne peut plus charmant. Après avoir aidé le gouvernement à pigeonner les gilets jaunes, les voilà maintenant qui se retrouvent comme des dindons. Quelle farce !

D’ailleurs, le coronavirus étant passé par là, l’économie est en train de reprendre ses droits. Lutter contre un trafic aérien de plus en plus massif, pourquoi pas. Mais, toujours selon les mêmes sources, nos conventionnels se voient répondre, en visite au siège du groupe Safran, spécialisé dans la haute technologie : « À Toulouse, vous enlevez l’aéronautique, vous tuez la région. » Autre désillusion, alors qu’ils entendaient taxer davantage tous les véhicules pesant plus de 1.300 kilos, Bercy leur rappelle à point nommé qu’une telle mesure frapperait en premier les Français de la périphérie, ceux qui ont besoin de berlines pour se déplacer en famille et faire leurs commissions. Soit ceux-là mêmes qui incarnèrent les gilets jaunes, canal historique…

Eh oui, nos conventionnels, manifestement urbains pour la plupart, ignoraient qu’il n’est pas toujours aisé de transporter un plein de courses pour cinq sur une bicyclette, fût-elle électrique. Si l’on résume, une fois passé l’effet d’annonce, nos doux rêveurs sont en train de se faire balader. L’une d’elle reconnaît ainsi, au Figaro : « Ce qui a manqué à cette commission, avant de débattre, c’était un petit cours d’instruction civique sur le fonctionnement législatif. On a été formé sur l’urgence climatique, mais pas sur la démocratie. » Un détail qui n’avait échappé à personne. Surtout que, depuis, ce sont les urgences économiques et sanitaires qui ont pris le pas sur le millénarisme vert.

Pour tout arranger, la notion de « crime d’écocide », qui aurait pu être pour eux une sorte d’os à ronger, vient de se retrouver requalifiée en simple « délit d’écocide » par Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et Éric Dupond-Moretti, son collègue de la Justice, qui assurent néanmoins : « Nous allons créer un délit général de pollution. »

S’appliquera-t-il à ces supertankers grâce auxquels des produits d’importation font le tour du monde avant d’atterrir chez nous ? Rien n’est moins sûr. En effet, entre lutter contre la pollution de ceux qui prennent leurs voitures parce qu’ils n’ont pas le choix et ceux qui font le choix du libre-échange mondial, le choix paraît avoir été vite fait par nos écologistes de carnaval.

24 novembre 2020

À lire aussi

Dans la famille Duhamel-Pisier-Kouchner, je voudrais la peau du beau-père

C’est la fin d’une époque, celle de l’arrogante bourgeoisie mitterrandienne et, pour une f…