Armées - Editoriaux - International - 11 mai 2019

Au Burkina Faso, « la France a perdu deux de ses fils »

Deux militaires des forces spéciales – deux officiers mariniers du commando Hubert, Cédric de Pierrepont, 33 ans, et Alain Bertoncello, 28 ans – ont donc sacrifié leur vie, durant la nuit de jeudi à vendredi dans l’opération visant à libérer les deux otages français enlevés au Bénin. Honneur et respect. Mardi, hommage national leur sera rendu à Paris sur le pont Alexandre-III.

Au-delà de la peine monte un immense sentiment de reconnaissance, pour l’exemple qu’ils nous montrent et pour le visage de la France qu’ils nous offrent : faut-il que notre patrie soit encore grande et belle pour porter de si beaux fruits !
Un assaut sans ouvrir le feu pour préserver les otages après avoir progressé 200 mètres à découvert, ces détails de l’opération, donnés par la conférence de presse frappent les esprits. Comme Arnaud Beltrame, ils ont donné leur vie pour en sauver d’autres.

Durant quelques heures, les querelles intestines qui rongent notre pays, les divisions, la fragmentation patente sont passées au deuxième plan, comme s’il fallait, décidément, toujours que les Français soient frappés par un drame pour qu’ils retrouvent un semblant d’unité, comme si celle-ci réclamait une victime propitiatoire.

Mais déjà montent les interrogations : samedi, Emmanuel Macron se rendra sur le tarmac de Villacoublay pour accueillir trois des quatre ex-otages, et notamment les deux Français, Patrick Picque 51 ans, et Laurent Lassimouillas, de 46 ans.

Sans doute, en ces circonstances, faut-il éviter les polémiques inutiles mais le sacrifice de nos deux militaires oblige tous les Français. Notamment le premier d’entre eux, le chef de l’État, et aussi ceux qui ont été libérés. Car la zone où avaient disparu les deux hommes « en voyage de noces » (selon Le Figaro) était marquée en rouge par le Quai d’Orsay, c’est à dire « formellement déconseillée compte tenu de la présence de groupes armés terroristes et du risque d’enlèvement ».

Les uns et les autres seront-ils mis en face de leurs responsabilités ? La décence, dans ces circonstances, saura-t-elle leur commander de s’effacer et de rester discrets ? Chacun aura-t-il l’intelligence de situation suffisante pour comprendre que toute autre attitude ou manifestation de satisfaction serait perçue comme déplacée et mal vécue par nombre de Français ?

Bien sûr, ces soldats des forces spéciales faisaient leur métier. Mais, comme l’a dit le général Lecointre, « la France a perdu deux de ses fils ». Qu’ils reposent en paix.

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