Selon Jeune Afrique, le 22 février, en République démocratique du Congo (RDC), un convoi ONU du Programme alimentaire mondial (PAM) a été attaqué sur la route près de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, frontalière du Rwanda et de l’Ouganda. Ce drame a fait au moins trois morts : l’ambassadeur d’ en RDC, Luca Attanasiao, tué par balles, ainsi que son garde du corps italien et son chauffeur congolais.

Rendons hommage à ce diplomate apprécié pour son engagement personnel dans des projets difficiles de développement, ainsi qu’à ses accompagnateurs qui ont partagé les risques de sa mission. Hélas, cette victime « VIP » s’ajoute à une longue liste de victimes anonymes de la malédiction apparemment fatale des matières premières. On en connaît pourtant les causes – la mauvaise gouvernance des États africains et la complaisance de leurs partenaires étrangers – et les remèdes possibles, par une nécessaire remise en cause des relations internationales, politiques et commerciales. L’actuel président de la RDC, Félix Tshisekedi, a déclaré, en octobre 2019, qu’il était « prêt à mourir pour la paix dans l’est » de son pays, sans prendre de mesures concrètes. L’ambassadeur d’ et ses compagnons d’infortune l’ont fait, sans l’annoncer.

Selon les premiers témoignages, une dizaine d’hommes armés auraient forcé le convoi à s’arrêter, par des tirs de sommation. Alertés, des gardes forestiers seraient immédiatement intervenus, entraînant des échanges de tirs. À moins de fuites d’informations, toujours possibles, rien n’indique que les assaillants étaient préalablement informés de la présence d’un diplomate étranger, dont l’agression peut leur attirer des mesures de répression. L’attaque avait probablement pour but de voler du matériel et de capturer des otages à forte valeur monnayable. De plus, l’insécurité notoire maintient les « gêneurs » à distance.

Depuis plus de vingt ans, les agressions armées ont causé la mort ou la mutilation de milliers de personnes de la société civile, exposée en permanence aux exactions de dizaines de groupes armés rivaux, mobiles et retranchés dans leurs sanctuaires naturels qui regorgent de matières premières indispensables, par leur conductivité et leur résistance, à nos outils modernes de communication et de fabrication.

Dans le livre-enquête Minerais de sang – les esclaves du monde moderne, le journaliste Christophe Boltanski avait bien décrit, en 2014, l’organisation des trafics de cassitérite, principal minerai de l’étain, au côté du coltan, du cobalt et d’autres matières à très forte valeur. Depuis, le problème n’a fait qu’empirer avec la montée de leur prix. Les trafiquants sont pourtant nécessairement connectés aux marchés internationaux via des intermédiaires sans scrupules, avec la nécessaire complicité des autorités publiques.

Les risques physiques – par armes blanches et à feu, par empoisonnement – liés à la criminalité économique et financière en RDC sont proportionnels au montant des sommes en jeu. Aucune force légale n’impressionne les criminels en col blanc, commanditaires bénéficiaires, ni les exécutants analphabètes en guenilles. L’enquête sur l’assassinat de deux experts de l’ONU dans la province du Kasaï, en 2017, n’a à ce jour permis, selon TV5Monde, que d’identifier des exécutants. En janvier dernier, six forestiers ont été abattus dans le parc national des Virunga, proche de Goma, réputé l’un des plus dangereux au monde.

On a déjà témoigné ici des modes de la mauvaise gouvernance généralisée qui fait plus de victimes que les guerres en Afrique. La malédiction supposée des matières premières n’est qu’une forme gangréneuse de la malgouvernance. En attendant que les populations locales exigent davantage de leurs gouvernants, il est temps que de vraies conditionnalités et de vrais contrôles soient imposés par tout partenaire étranger.

25 février 2021

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