Il y a vingt ans débutait l’un des plus grands scandales judiciaires français. À Outreau, dans la banlieue de Boulogne, les enfants d’un couple en grave difficulté sociale dénonçaient des viols, agressions sexuelles et autres délicatesses commis par leurs parents, Thierry Delay et Myriam Badaoui, et d’autres personnes de la cité. Saisi de l’affaire par un signalement, le parquet de Boulogne ouvrait sans délai une information judiciaire, qui aboutit à la nomination d’un jeune juge d’instruction.

Fabrice Burgaud, frais émoulu de l’École nationale de la magistrature, est en poste depuis quelques mois seulement. Sur la foi des déclarations des enfants Delay et de leur mère Myriam Badaoui, 18 personnes sont placées en détention provisoire, certaines pour plus de deux ans. L’affaire rebondit presque chaque semaine, à coups de nouvelles révélations, de mises en examen, de déclarations retentissantes et de tournage de films pédopornographiques diffusés en Belgique. La tient une magnifique affaire criminelle, au retentissement médiatique considérable, à une époque où les crimes sexuels commis sur les enfants apparaissent de plus en plus insupportables.

L’audience de la cour d’assises s’ouvre le 3 mai 2004 en présence de 17 accusés. Seuls les époux Delay-Badaoui et un autre couple reconnaissent les faits et sont condamnés à de peines de prison. Sur les 13 autres, 7 accusés sont acquittés, 6 condamnés qui font appel. Déjà, durant ce procès, naissent les doutes et les soupçons, le dossier se dégonfle peu à peu et le procureur est contraint de requérir l’acquittement envers certains accusés. L’instruction du juge Burgaud est remise en cause.

Comme au , c’est au dernier acte que les certitudes judiciaires s’effondrent. Lors du procès en appel, Myriam Badaoui se rétracte, avant de revenir sur sa rétractation. Certains enfants se rétractent également. Les expertises judiciaires sont remises en cause, ce qui donne à l’expert psychologue Viaux l’occasion de déclarer : « Quand on paie les expertises au tarif d’une femme de ménage, on a des expertises de femmes de ménage ! » Les 6 appelants sont acquittés, après une étonnante intervention, à l’audience, du procureur général de Paris lui-même, venu présenter les excuses de l’institution aux accusés avant même le verdict.

L’affaire d’Outreau s’achève par un gigantesque scandale. La presse, les parlementaires, le pouvoir exécutif, la magistrature et le barreau, chacun s’émeut d’un naufrage judiciaire, de vies brisées, de décisions judiciaires manifestement excessives et, surtout, d’un immense point d’interrogation : que s’est il véritablement passé à la cité du Portel ?

Le scandale d’Outreau est celui d’une enfermée dans un fonctionnement cloisonné et idéologique ; du primat de l’émotion sur la raison ; de la confiance aveugle envers des enfants dont la parole a été sacralisée, sans remise en cause, sans recul.

Le scandale d’Outreau, ce sont les certitudes d’un juge d’instruction mal formé, mal encadré, mal conseillé, isolé. C’est la soumission du système judiciaire à la pression médiatique ; ce sont des expertises judiciaires confiées à des psychologues sous-payés qui, comme l’a vertement affirmé M. Viaux, rédigent des rapports de piètre qualité.

Le scandale d’Outreau, c’est aussi la sordide réalité d’enfants capables de dénoncer des faits ignobles, de décrire des scènes de dont ils ont donc été témoins, d’une vie dans des conditions éducatives déplorables, de parents incapables et de vices répandus comme un cancer dans cette cité.

Le scandale d’Outreau, c’est, à cause de ce fiasco qui a imposé à la Justice de refermer le dossier, de ne pas savoir exactement ce qui s’est passé. La vérité judiciaire est que quatre personnes sont coupables, et les autres innocentes.

Et la vérité toute nue ?

25 février 2021

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