Editoriaux - Politique - Réflexions - Religion - 15 août 2019

Assomption chrétienne et Providence laïque, deux registres religieux hétérogènes

Le transfert du registre militaire vers l’économique (concepts, vocabulaire) passe inaperçu, tant il est ancien et réciproque : stratégie, opération, conflit, cible, etc. L’un comme l’autre partagent un souci d’efficacité et de performance. Au-delà de leurs spécificités, l’enjeu ultime de survie économique et humaine pose les mêmes questionnements et défis éthiques.

En comparaison, l’emprunt du registre politique au spirituel a des implications de natures différentes. Cherchant à « faire corps », la politique est, dans le sens originel du terme, une religion, laïque (religere). Pourtant, comme toute spiritualité verticale (relegere), elle utilise à son profit le même ressort du « numineux », sentiment humain de dépendance à une divinité transcendante, expérience affective du sacré théorisée par Rudolph Otto au début du XXe siècle.

Effectivement, c’est en s’appropriant la notion de sacré que le concept inspiré « d’État-providence » fait florès depuis le XIXe siècle. Religion fondée sur l’idée que seule la puissance publique peut assumer les risques et les conséquences sociales des catastrophes naturelles et des crises économiques, elle a permis à l’État de s’ingérer dans tous les domaines de la vie humaine. Or, avec la mondialisation, la puissance publique a changé d’échelle. Logique rationnelle jouant de l’irrationnel, elle a imposé subrepticement des comportements standardisés avec le message suivant : « Citoyens, l’État s’occupe de vous et de tout. Vaquez à vos occupations professionnelles et de loisir. En échange, votre liberté se résume à consommer, à payer vos impôts et à bien voter. » Or, l’État glouton, de plus en plus défaillant, voire prédateur, doit son autorité, de plus en plus contestée, au bluff selon lequel il remplirait souverainement sa part de contrat social dans ses domaines régaliens.

Autre concept à la mode teinté de sacré, celui de « l’Émergence ». Perle de communicant, slogan électoral racoleur, concept économique sans contenu défini et à l’horizon fuyant, il fait croire au bon peuple crédule que son sort s’arrangera naturellement avec le temps. C’est ainsi que l’entre-soi de la technocratie mondiale vit grassement de la pauvreté et que « l’administration du développement » est devenue « le développement de l’administration ». Exemple parmi tant d’autres, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international (FMI), grande prêtresse de l’émergence et adepte de la méthode Coué, attribue des « miracles économiques » bien peu rationnels à des pays africains à la culture imprégnée de mystique, jugés bons élèves malgré une opacité généralisée et une gouvernance contestable. Voyons si elle jouera du même registre religieux comme présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

Dans ce contexte, on peut s’inquiéter du modèle « d’État providentiel du XXIe siècle » fièrement promis par le Président Macron lors du Congrès de Versailles en juillet 2017. Ne devrait-on pas commencer sérieusement à imaginer un autre modèle de société ?

En attendant, bonne fête chrétienne de l’Assomption !

À lire aussi

Charlie Hebdo : satirique jusqu’à saturation

Charlie, étendard rassembleur ou brûlot imposteur ? …