Dans l’affaire de Trappes, les chaînes de télévision, les radios, les journaux, tout le monde y est allé de son indignation, de son inquiétude, les uns disant « il faut faire une enquête », les autres répondant « mais ça a déjà été fait », les uns expliquant que « Trappes n’est plus la France », d’autres alertant du « danger d’un tel propos ». « Morandini va y aller », apprenait-on ; « je vais y faire un tour », surenchérissait un autre. L’un, qui avait voulu en avoir le cœur net, en reviendra avant les autres avec le sourire de satisfaction des faux héros. « Pourquoi tant de bruit ? », s’interrogeait-il. Comme Fabrice del Dongo à Waterloo, il ne comprenait pas et n’avait même rien vu. Il y était allé pourtant jour de marché. « Normal, tous ceux qui ont quitté la ville, t’as pas pu les voir », lui lança, rigolard, un copain sur le plateau. Morandini est parti y faire son émission en live. Il n’y a pas que chez le célèbre dessinateur Tomi Ungerer que l’on voit, devant un camion de pompiers fonçant toutes sirènes hurlantes, un marchand de glaces qui pédale comme un malade sur son triporteur : des badauds au pied d’un immeuble en feu, c’est une jolie recette en perspective !

Le live ne s’est pas très bien passé avec le maire de Trappes, dont l’élection vient d’être invalidée. Ça ne change rien. Condamné à un an d’inéligibilité, il reste en fonction jusqu’à la décision du Conseil d’État auprès duquel il vient de déposer un recours. Réponse dans six mois. « La France est un État de droit, laissons la Justice faire son travail », dit un journaliste qui ne sort jamais de son studio. « Depuis, le maire a distribué des tracts dans le lycée du professeur, c’est inacceptable, un maire doit être exemplaire », lui répond son invité. « Quand on sera sorti de l’épidémie, la question de l’ sera au centre de l’élection présidentielle », prophétise une voix grave et sentencieuse à l’autre bout de la table.

Quel que soit le sujet, tous les soirs, les chaînes d’information nous rejouent Prova d’orchestra de Fellini. Le talent en moins. Prisonniers de leur narcissisme et ne connaissant que la beauté de leurs seuls instruments, les musiciens d’un orchestre sont devenus incapables de jouer ensemble. La tension monte, les vexations et les insultes fusent, le chef ne tient plus rien, les revendications syndicales s’en mêlent, la situation n’est plus maîtrisable, la répétition dégénère en bataille rangée : on se frappe à coups de violon, de trombone, de pupitre, on se gifle, on s’écrase un cierge allumé sur le visage, on se jette un saut d’eau pour éteindre un hurlement de douleur. Et pendant cette guerre de tous contre tous, l’engageante pianiste se laisse glisser sous le piano pour faire voluptueusement la paix avec un jeune collègue.

Alors quand les salles de rouvriront-elles ? On est fatigué de tous ces débats houleux et désordonnés avec des pseudo-spécialistes qui viennent commenter approximativement des informations restées superficielles et qu’ils ne mettent jamais en perspective. On en a assez, de ces vaines palabres et de ces empoignades qui sont l’alibi d’une démocratie de plus en plus dénaturée par la médiocrité des politiques.

Quitte à nous raconter des histoires, que ce soit dans une salle de cinéma rouge et or avec de belles fictions signées par de véritables créateurs ! Que ce soit sur grand écran avec de superbes mensonges qui disent la vérité !

19 février 2021

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