« Une statue invisible vendue 15.000 euros aux enchères ». Le titre interpelle au niveau du vécu. La lecture de l’article du Point consacré à cette vente mirifique nous confirme qu’il s’est trouvé un quidam pour débourser la somme de 15.000 euros en échange de rien. Un carré de vide décrété « œuvre » par Salvatore Garau, peintre contemporain italien et sculpteur de courants d’air.

La lutte fut acharnée pour l’acquisition de cet espace transparent mis à prix 6.000 euros. L’un voyait la Victoire de Samothrace, l’autre Le Penseur de Rodin. La guerre des hallucinations fut impitoyable. Après avoir réglé la facture, l’heureux élu emporta le carré de ruban adhésif qui délimitait ce volume d’air et l’installa chez lui. Par chance, l’ensemble se mariait à merveille avec la couleur des rideaux. Il avait fait une affaire. Son médecin traitant était confiant. Il allait mieux depuis qu’il était devenu amateur d’art.

Pour donner quelque consistance à ce néant, l’artiste se montre intransigeant. La sculpture imaginaire doit être installée au centre d’une pièce vide, dans un carré de 150 x 150. Sinon… c’est pas la peine. L’œuvre est gâchée. Incomprise. Des faussaires tentent de reproduire l’original. Peine perdue. Les spécialistes en reconnaissent au premier coup d’œil qu’il s’agit d’une copie grossière. Il n’y a pas cette touche inimitable qui fait la différence. Cet air, ce vide qui donne des frissons, surtout lorsque la fenêtre est ouverte.

À ce niveau de prouesse commerciale, nous ne pouvons reprocher au vendeur de se proclamer artiste. Aucun camelot au monde, fût-il virtuose dans l’art de dénicher des pigeons, n’était encore parvenu à vendre l’illusion d’un produit. Par ailleurs, il est heureux de constater que l’ est enfin arrivé à son apogée. Salvatore Garau en fait l’aveu. II n’y rien à voir. C’est de l’air du temps.

L’amateur peut y voir la concrétisation de la pensée macronienne. La phrase qui s’annule par son contraire énoncé simultanément. Le « en même temps ». Plus 1 suivi de moins 1 = zéro. Le tout délimité par un pseudo-parti faisant office de ruban adhésif. Des Français investissent.

« Après tout, ne façonnons-nous pas un Dieu que nous n’avons jamais vu ? » déclarait le roi de l’entourloupe à propos d’une autre inexistence installée sur une place de Milan. Là encore, un carré délimité ne contenant rien. Ce personnage, qu’il n’est pas injurieux de nommer « bon à rien », est poseur de ruban adhésif. Toutes surfaces, tous revêtements. Devis gratuit. La prochaine statue invisible prendra place à New York. D’autres villes réclament l’artiste. Les mairies sont en rupture de stock de rouleaux de scotch. Le vide doit être délimité clairement. Après un gros effort d’imagination, l’acheteur fut certain qu’il voyait le penseur de Rodin. Bien entendu, il ne pensait à rien.

2 juin 2021

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