Economie - Editoriaux - 28 septembre 2019

Après les seniors, le gouvernement va spolier les auto-entrepreneurs

Après avoir renoncé, en une journée, à supprimer l’exonération des charges sociales pour les personnes âgées de plus de 70 ans, le gouvernement propose, maintenant, de s’attaquer aux auto-entrepreneurs. Nous aurons, en 2020, le déficit le plus élevé d’Europe et le ministre du Budget essaye désespérément de le contenir à 2,2 % du PIB. Comme le gouvernement refuse d’utiliser la seule méthode qui fonctionne, c’est-à-dire diminuer drastiquement le nombre de fonctionnaires dans les services où ils sont en surnombre (si on excepte le budget soumis à une cure sévère), il est aux abois financièrement et essaye de couper les dépenses dans toutes les directions. Mais on sent l’improvisation et le manque de réflexion. Les mesures qu’il propose à la va-vite ont, le plus souvent, bien plus d’inconvénients que d’avantages. C’est le cas de la dernière trouvaille : s’attaquer à l’exonération de charges des auto-entrepreneurs, mesure phare de M. Sarkozy, tellement utile que même M. Hollande, pourtant acharné à détruire tout ce que son prédécesseur avait mis en place, n’avait pas jugé bon de modifier ce dispositif.

Jusque-là, ceux qui créaient leurs petites entreprises individuelles ne payaient que 25 % des charges sociales qu’ils devaient la première année, 50 % la seconde et 75 % la troisième. Le nombre d’auto-entrepreneurs a crû au-delà des prévisions et le coût de la mesure a atteint 1,4 milliard d’euros. Insupportable, paraît-il, pour nos finances. Désormais, l’exonération sera totale la première année et les auto-entrepreneurs paieront plein pot à partir de la seconde année. Ceux qui opté pour ce régime avant la réforme verront leurs avantages rognés : 25 % la seconde année (au lieu de 50 %) et 10 % la troisième (au lieu de 25 %).

Cette modification est, osons le mot, stupide ! En effet, les auto-entrepreneurs contribuaient considérablement à la baisse du chômage, pour un coût minimal. Supprimer leurs avantages va dissuader beaucoup de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale et va doper le taux de sans-emploi. Les 200 misérables millions d’euros économisés en limitant l’exonération de charges sociales seront très vite dépensés en allocations chômage et en aides sociales. Ridicule ! Cette exonération de charge n’était pas un cadeau ou une aide indue. Tout le monde sait que, lorsqu’on lance une entreprise, les premières années, celles du démarrage, sont les plus dures. Il faut se faire connaître et prouver qu’on est compétent. Au bout de trois ans, soit on a réussi et on peut payer plein pot, soit on a mis la clé sous la porte. Diminuer le poids des charges sociales était donc une mesure intelligente, logique, pleine de bon sens. Revenir sur ce dispositif est ridicule : l’amateurisme de ce gouvernement fait peur. Espérons que, comme pour les charges sociales pour les seniors de plus de 70 ans, le gouvernement fera machine arrière devant la bronca qu’il aura déclenchée.

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