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Editoriaux - Presse - 20 mai 2020

Après avoir jeté Woody Allen (son père) aux chiens, Ronan Farrow à son tour dans la tourmente…

est le fils de et de Mia Farrow. Non content de renier le nom de l’auteur de ses jours, il le cloue au pilori en le dépeignant en pédophile pervers. Peu lui importe, alors, que l’affaire ait été classée sans suite par la Justice américaine en 1995, le fils de star entend tuer le père ; ce qui se porte assez bien en ces temps dégoulinants, de Christine Angot en Alexandre Jardin, de Yann Moix en Eddy Bellegueule et autres gamins et gamines, certes nourris, mais pas toujours bien élevés.

Seulement voilà, les méthodes du rejeton donneur de leçons, tant journalistiques que déontologiques, se trouvent désormais dans le collimateur d’autres limiers encore plus féroces. C’est le flingueur flingué. Pourtant, tout avait bien commencé pour Ronan Farrow : une enquête à charge contre Harvey Weinstein, le producteur devant lequel tout Hollywood rampait naguère et sur lequel le même demi-monde crache aujourd’hui. Ce qui lui vaut un prix Pulitzer en 2018. Lequel, depuis son attribution, en 1973, aux journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein, pour avoir précipité la chute du président Richard Nixon, fait un peu figure de maître étalon.

Ce tropisme du journaliste-justicier n’est pas neuf. Voyez le fameux « J’accuse », d’Émile Zola, publié à l’occasion de l’affaire Dreyfus, dans L’Aurore, en 1898. Mais on rappellera aussi que le même Zola est moins flambard quand on lui remémore ces lignes extraites de L’Argent, l’un de ses best-sellers d’alors : « Il y avait là, en un groupe tumultueux, toute une juiverie malpropre, de grasses faces luisantes, des profils desséchés d’oiseaux voraces, une extraordinaire réunion de nez typiques, rapprochés les uns des autres, ainsi que sur une proie, s’acharnant au milieu de cris gutturaux, et comme près de se dévorer entre eux. »

C’est un peu ce qui est en train d’arriver à Ronan Farrow, notre héros du jour, non point rattrapé par ses écrits de jadis mais par ses actuelles méthodes d’investigation. Ainsi, un autre journaliste, Ben Smith, du New York Times, arbitre des élégances éditoriales locales, vient-il de passer au crible ses « révélations » publiées dans The New Yorker, autre maître à penser de ces mêmes élégances. Ben Smith, donc : « Si vous grattez à la surface, vous commencez à entrevoir que les fondations ne sont pas très solides. »

Et ce « fact-checker » de poursuivre : « Ronan Farrow ne bidonne pas, mais il pratique un type de journalisme très en vogue sous Donald Trump, consistant à écrire des articles à charge contre des personnages publics peu aimés, sans trop de soucier de l’exactitude des faits. »

Ce qui vaut pour Woody Allen semble aussi valoir pour Harvey Weinstein, à en croire Le Point, ce 19 mai dernier : « Ronan Farrow a également tendance à voir des conspirations partout. Dans son livre, il assure que la chaîne NBC News, pour laquelle il travaillait à l’époque, a essayé d’étouffer son enquête à la suite d’un chantage de Weinstein. » La vérité semble être tout autre, toujours selon la même source : « La chaîne a évité de diffuser son sujet, car Farrow n’avait pas trouvé de femmes prêtes à venir témoigner devant la caméra. » Il n’empêche qu’entre-temps, les réseaux sociaux ont fait le reste et que le nabab hollywoodien encourt maintenant un sacré paquet d’années de prison.

Mais, au-delà de ces deux affaires ne concernant finalement que de haut l’Amérique d’en bas, demeure cette question relative à la fonction même du journaliste. Certains entendent se faire un nom en jugeant sans chercher à comprendre, alors que d’autres tentent de comprendre sans jamais chercher à juger, surtout lorsque tout cela concerne de troubles drames familiaux, éminemment complexes par nature.

Soit toute la problématique de la profession de « journalope », pour reprendre une expression chère à ces réseaux sociaux, si prompts à condamner tel ou tel sans même chercher, à défaut de comprendre, au moins à entendre.

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